« Nos robots n’ont aucun composant chinois ! » s’exclame fièrement Cao Zhuyu, commerciale pour Uniforce, une entreprise taïwanaise récemment lancée dans la robotique. Derrière elle, un robot-chien de la taille d’une petit labrador, bardé de capteurs et conçu pour la surveillance, capable de réagir aux ordres vocaux. Si Uniforce s’escrime à n’utiliser aucun composants chinois, ce n’est pas pour des raisons de qualité, mais de sécurité. Et certains composants sont plus sensibles que d’autres : « Le plus important, ce sont ses puces électroniques. Parce que ces puces, c’est son cerveau » détaille la jeune femme. Et d’expliquer que le risque, c’est de voir des informations sensibles être dérobées ou utilisée contre eux : « Si c’est la Chine qui a fabriqué ces puces, le risque est que des scripts ou des programmes soient implantés sans qu’on le sache, et sans que l’on ait le contrôle dessus ».
Profiter de la rivalité technologique sino-américaine
Cet argument, c’est le même que celui de l’administration Trump, qui le 28 juillet dernier annonçait bannir l’importation des dernières générations de robots humanoïdes et quadrupèdes chinois. Une aubaine pour Taïwan, qui insiste depuis plusieurs années sur l’importance de développer des chaînes d’approvisionnement technologiques hors de Chine et autonome de tout composant clé chinois. À l’ouverture du salon de robotique taïwanais, le ministre de l’économie martelait : « Nous encourageons Taïwan a passer du statut de simple fournisseur de composants, à celui de fournisseur global de robotique intelligente ». Semi-conducteurs, drones et maintenant robots : Taïwan espère bénéficier de l’appel d’air créé par la rivalité technologique entre Pékin et Washington.
Mais cette autonomie stratégique ne vient pas sans coût. Alors qu’un robot a deux bras articulés armés de spatules s’active à découper des légumes sur une plaque chauffante, Wang Kangling énumère ses capacités. « Il peut découper des légumes, du poisson, du bœuf, tout type de viande, et les faire ensuite cuire en toute autonomie », s’enthousiasme-t-il, avant d’assurer « et le goût ne change pas ! ». Son robot aussi est 100% sans pièces chinoises, avec une contrepartie : « les coûts de productions sont forcément très élevés. Certaines de nos pièces viennent d’Europe, impossible pour nous de le vendre à un prix aussi compétitif que celui de la Chine », se désole le chef d’entreprise. La solution temporaire au problème, c’est l’assistance financière du gouvernement taïwanais : « Nous recevons beaucoup de subventions pour développer nos robots, donc nous parvenons à le vendre à un prix raisonnable et à en tirer profit », révèle l’entrepreneur.
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Une industrie concurrentielle
Signe que la concurrence chinoise est rude, Unitree, l’une des entreprises à la pointe de la robotique humanoïde et quadrupède chinoise est parvenue à installer un stand dans le salon, via l’une de ses filiales taïwanaise PlayRobot. Cette année, l’entreprise est parvenue à exporter quelque 6 000 robots, un chiffre modeste, mais qui, remis en perspective, représente près d’un tiers des exportations chinoises. Wang GuoDong, chef de la filiale taïwanaise, assure n’avoir aucune intention de concurrencer l’industrie taïwanaise. « Ici nous souhaitons établir une feuille de route pour y développer notre robotique, mais nous voulons également que tout le monde participe à ce développement », se défend-t-il.
Questionné sur l’objectif taïwanais de produire sans la Chine, l’homme se désole que « Taïwan ne veut jamais rien entendre dès qu’il s’agit de la Chine, c’est vraiment dommage ». Pour lui, la coopération serait à l’avantage de tous. « Le développement de la robotique et de la technologie n’est vraiment possible que si nous avançons tous ensemble », formule l’exposant. Un vœu pieux pour une industrie vouée à devenir ultra-concurrentielle et très dépendante de la Chine.
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