Depuis leur conférence d’automne 2025 à Bournemouth, où ils ont proposé de supprimer la rémunération des réserves versée par la Banque d’Angleterre aux banques commerciales, les Verts anglais et gallois pourraient bien avoir dégoupillé une grenade monétaire. L’idée a traversé tout le spectre politique du pays : du think tank de gauche New Economics Foundation jusqu’à Nigel Farage, le leader populiste d’extrême droite à la tête de Reform UK. Pendant le Forum de Davos (Suisse), en janvier, ce dernier a déclaré à l’agence Bloomberg son intention, s’il arrive au pouvoir, d’en finir avec cet « argent gratuit » pour les banques, alors que les finances publiques sont sous pression.
Derrière un sujet présenté comme très technique se cachent des questions éminemment politiques : combien coûte cet argent gratuit au contribuable ? Si la banque centrale a le pouvoir de créer un tel argent, pourquoi le réserver aux banques ? Et plutôt que d’y mettre fin uniquement pour plaire à l’électeur antisystème, ne serait-il pas possible de mettre cet argent gratuit au service du bien commun pour vraiment répondre à l’indéniable besoin de transformer le système ?
Quelques explications techniques s’imposent pour comprendre ce que sont les réserves des banques à la banque centrale, à quoi elles servent, et la raison de leur rémunération. Ces réserves sont de la « monnaie centrale » à la disposition des banques commerciales, déposée sur leur compte courant à la banque centrale, la banque des banques. Celles-ci sont obligées d’en détenir suffisamment, car c’est avec cette monnaie qu’elles se règlent entre elles les paiements de leurs clients : quand madame Durand, cliente de la banque A, paye monsieur Dupont, client de la banque B, A doit régler B (qui n’est pas sa cliente) en monnaie centrale.
Ces réserves, bien qu’au passif du bilan de la banque centrale, ne sont pas de l’argent qu’elle « emprunte » (elle n’en a nul besoin) : c’est de l’argent que la banque centrale crée ex nihilo pour les banques quand elle leur octroie des crédits ou leur achète des titres sur les marchés financiers, et qui circule entre banques.
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