Peu avant la clôture du dépôt des listes mardi, l’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo a créé la surprise en annonçant son désistement à Paris, appelant ses électeurs à « chasser la gauche ». Une décision qui redonne de l’élan à Rachida Dati en vue du second tour des municipales.
« J’ai toujours dit que j’avais un objectif depuis l’annonce de ma candidature: battre la gauche. Donc je tiens le cap (…), je me retire pour nous donner toutes les chances de battre la gauche », déclare-t-elle au Parisien, prenant soin d’expliquer qu’elle ne se désistait « pas pour la personne de Rachida Dati » mais « pour Paris ».
Se disant « extrêmement fière » de sa campagne sur le thème de la « Ville heureuse », elle appelle ses électeurs à « chasser la gauche ».
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche hors LFI, est arrivé largement en tête du premier tour avec 37,98% des voix. Un débat télévisé l’opposera à Rachida Dati (25,5%) mercredi à 21H00 sur BFMTV et sur Le Figaro TV.
« Si la gauche perd la mairie après vingt-cinq ans de déclin socialiste, ce sera historique et j’aurai le sentiment du devoir accompli », a estimé Mme Knafo (10,4%).
L’annonce a aussitôt fait réagir. « Aujourd’hui, une nouvelle élection commence. Nous pouvons gagner Paris face à la gauche radicale », a réagi sur la plateforme X Nelly Garnier, porte-parole de campagne de Rachida Dati.
Pour le conseiller LR David Alphand, le choix de la zemmouriste « démontre que la volonté d’alternance est largement partagée par-delà les différences politiques ».
Une décision également qualifiée de « sage et responsable » sur X par le patron des LR Bruno Retailleau.
Lors d’un micro tendu, Mme Knafo a indiqué avoir fait le choix du « moindre mal », espérant que « les électeurs de droite s’en souviendront pour 2027 » en visant notamment l’ex-Premier ministre Édouard Philippe, qui a « bloqué toute alliance ».
– Issue incertaine –
Dans un communiqué, Emmanuel Grégoire a estimé que « la droite est prête à toutes les compromissions pour tenter de prendre Paris, y compris les alliances implicites avec l’extrême droite. Elle choisit ainsi de se compromettre de la pire des façons ».
« Paris est devenu le laboratoire de +l’union des droites+. Personne ne nous fera croire que Mme Knafo s’est retirée gratuitement. Il y a assurément un deal secret entre elle et Mme Dati », a jugé le sénateur communiste Ian Brossat.
Arrivée troisième au premier tour (11,72%), l’Insoumise Sophia Chikirou a plaidé pour une alliance sans accord d’appareil, après avoir déposé sa liste lundi soir.
Interrogée par l’AFP sur un possible désistement, la direction de LFI a déclaré dans la journée que ce ne serait pas le cas, arguant qu’il « n’y a(vait) pas d’extrême droite à Paris, contrairement à Marseille ».
Le désistement de Sarah Knafo rend l’issue du scrutin encore plus incertaine. Si Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche et des écologistes hors LFI a réalisé un score bien plus élevé que ce que prédisaient les sondages, il ne dispose pas de réserve de voix et a exclu toute alliance avec Sophia Chikirou.
Une décision reconfirmée mardi par téléphone à cette dernière.
« C’était un appel républicain pour lui expliquer pourquoi je ne voulais pas fusionner. Elle en a pris note, elle m’a dit +je comprends que vous êtes serein+, j’ai dit +oui je le suis+ », a-t-il relaté sur BFMTV.
De son côté, Rachida Dati a décliné l’invitation de Mme Knafo à faire alliance, préférant fusionner avec la liste du candidat Horizons/Renaissance Pierre-Yves Bournazel (11,34%), qui a lui-même jeté l’éponge, et tenter de rattraper ses plus de douze points de retard.
« Sur les listes d’arrondissements, aucune liste d’un maire LR sortant ne va accueillir des colistiers Bournazel, à l’exception du XVe, tandis que 11 conseillers sont éligibles sur la liste centrale alors que l’équilibre aurait voulu qu’ils soient 14 ou 15 », a regretté un soutien de Pierre-Yves Bournazel.
Si le rapport de force initial était plutôt favorable à Emmanuel Grégoire, le choix de Sarah Knafo rebat les cartes.
« Si Rachida Dati gagne, Sarah Knafo pourra dire que c’est grâce à son retrait et que +l’union des droites+ fonctionne et est nécessaire », analyse le constitutionnaliste Benjamin Morel.
« Ça remet Dati en selle. La situation de ballotage très défavorable dans laquelle se trouvait Dati a significativement changé (…) et cela rend l’issue du scrutin autrement plus difficile à cerner », a expliqué Stéphane Zumsteeg, de l’institut Ipsos-BVA, pour lequel Rachida Dati « va bénéficier de reports massifs de la part de Knafo, plus massifs que les reports de Bournazel ».
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