samedi, juillet 4

Le jour du 250e anniversaire des États-Unis, le pape Léon XIV a choisi de se rendre à Lampedusa, île emblématique de la crise migratoire en Italie et dans toute l’Europe. La dernière visite d’un pontife à Lampedusa remonte à 2013, lorsque le pape François avait choisi l’île pour son premier voyage apostolique, inscrivant dès le début de son pontificat son engagement en faveur des migrants.

Sitôt arrivé par avion, Léon s’est rendu au cimetière des Sans-nom de Cala Pisana pour un hommage et une prière sur la tombe des migrants morts en mer. Les tombes sont marquées par des croix taillées dans le bois des embarcations naufragées au large de l’île.

Le pape Léon prie sur les tombes des migrants, des croix façonnées avec le bois des embarcations – Ciro Fusco/Copyright 2022 The AP. All rights reserved

Léon a ensuite rejoint la Porta d’Europa, sculpture symbolique en céramique et en fer qui surplombe la Méditerranée. Sur place, il a rencontré une famille de migrants avant de franchir la porte en posant une main sur sa partie droite. Un vent soutenu a fait s’envoler la calotte du pape, qui s’est ensuite longuement arrêté pour contempler la mer, où l’on distinguait, au loin, un navire de la Marine militaire patrouillant au large de Lampedusa.

Le pape a également reçu une lettre d’un enfant migrant. « Cher pape, je suis super ému de te rencontrer ! Il y a dix ans, mon histoire a commencé ici, à Lampedusa. J’étais seul et j’avais tout perdu, surtout ma maman. On me dit que j’ai arrêté de pleurer seulement quand on m’a donné un ballon en papier ; depuis ce jour-là, le ballon est resté dans mon cœur et je n’ai plus cessé de jouer. J’espère de tout cœur que ce ballon que je t’offre aujourd’hui pourra arriver jusqu’à un autre enfant et le rendre heureux comme moi. Merci, Léo », a écrit le petit, qui a également remis au pape un ballon.

Le pape Léon rencontre une famille de migrants à Lampedusa

Le pape Léon rencontre une famille de migrants à Lampedusa – AP Photo/Alessandra Taran

Le pape Léon bénit la plaque dédiée au pape François

La visite de Prevost s’est ensuite poursuivie au Molo Favarolo, autre lieu emblématique de l’île où sont acheminées les embarcations des migrants. Léon y a dévoilé et béni la plaque dédiée au pape François : désormais, le quai porte le nom de Molo Francesco.

Le pape a ensuite rencontré et serré la main de quinze migrants arrivés au hotspot de Contrada Imbriacola, géré par la Croix-Rouge, qui accueille actuellement 138 personnes, dont 51 mineurs non accompagnés.

Le dernier débarquement sur l’île a eu lieu vendredi soir : les garde-côtes ont secouru 17 personnes à bord d’une petite embarcation, dont 5 femmes et 3 enfants.

« Le fait que vous ayez voulu dédier le quai Molo Favaloro au pape François est le signe du lien que mon prédécesseur a noué avec votre communauté et avec les frères et sœurs migrants : le pape vous a été proche pendant cette période particulièrement éprouvante pour vous. Et aujourd’hui, je suis ici pour vous dire que le pape continue à vous accompagner, vous soutient et vous encourage », a écrit Léon dans une lettre adressée au maire de Lampedusa à l’occasion de sa visite.

Le pape Léon XIV bénit la plaque dédiée au pape François à Lampedusa – AP Photo

« Je ne suis pas venu pour prononcer des discours, mais pour célébrer l’Eucharistie, signe suprême de la présence du Christ au milieu de nous. Le geste de Jésus qui rompt le pain pour se donner lui-même donne sens et force à nos gestes quotidiens d’aide et de partage. Oui, nous sommes ici dans un lieu où, plus que les paroles, ce sont les gestes qui parlent. Mais les gestes, pour être humains, ont besoin d’un cœur. C’est pour cela que nous nous sommes rassemblés ici : pour puiser auprès du Christ l’amour que lui seul peut nous donner, afin que le monde d’aujourd’hui et de demain soit plus humain, plus humain pour tous », poursuit ensuite le pape dans la lettre.

Le pape appelle l’Europe à affronter la crise migratoire

Avant la messe organisée au terrain de sport « Arena », le pape a parcouru les rues de Lampedusa à bord d’une giardinetta, voiture typique de l’île prêtée par un habitant pour cette occasion particulière, saluant la foule et s’arrêtant pour bénir des enfants. Les autorités ont indiqué qu’environ quatre mille personnes se sont rendues au terrain pour participer à la célébration présidée par le pontife.

« Je suis venu vous remercier pour la proximité que beaucoup d’entre vous ont exercée : le miracle de la compassion s’est à nouveau accompli. De cette extrémité de l’Europe au cœur de la Méditerranée, on perçoit mieux l’appel historique que le phénomène migratoire adresse aux sociétés européennes. L’Europe possède un potentiel unique, issu de son histoire et de sa culture, et donc une responsabilité à la hauteur de ce potentiel, a encore déclaré Prevost. Par sa position géographique et par son organisation institutionnelle, l’Europe est en mesure – dans cette région – d’affronter la crise de manière globale, en inscrivant le premier secours dans un plan stratégique de longue durée, capable d’accueillir, de protéger, de promouvoir et d’intégrer les migrants tout en travaillant au développement, afin que personne ne soit contraint de migrer. Tout cela en veillant au respect de la dignité de chaque personne. C’est une tâche qui incombe aux institutions publiques, mais aussi à l’ensemble de la société civile et à l’Église », a déclaré le pape durant la messe, rappelant à l’Europe son rôle et sa responsabilité dans l’accueil des migrants.

Un panneau invite le pape à regarder au-delà de la mer, vers « l’enfer en Libye » – AP Photo

Le pape a ensuite rappelé que Lampedusa est une île d’arrivée pour les migrants, mais aussi pour les vacanciers. Comme il l’a récemment affirmé à Tenerife, lors de son voyage apostolique en Espagne, Léon a rappelé qu’il ne faut pas se sentir menacé par les routes migratoires ni cultiver l’indifférence. « On dirait qu’il faudrait dresser un mur invisible entre la mer des naufragés et celle des vacanciers. Ayez l’audace de penser autrement. Peu à peu, avec créativité, vous parviendrez à faire en sorte que toute personne qui passe un séjour, même de repos, sur cette île puisse devenir plus humaine en se confrontant à votre charité, à ce que la mer vous a appris, aux rencontres qui vous ont façonnés », a déclaré le pape.

Le pape Léon bénit les fidèles à Lampedusa – AP Photo/Alessandra Tarantino

Critiquant ceux qui ignorent la crise des migrants, le pape a ensuite pointé du doigt l’indifférence et la corruption. « L’amour s’inscrit toujours dans la liberté, et la liberté se joue dans les décisions. Il y y a aussi ceux qui choisissent de ne pas se faire proches et ceux qui décident de ne pas décider. Les morts dans cette mer sont victimes à la fois de décisions prises et de décisions qui n’ont pas été prises. Le désintérêt pour le bien commun et la corruption dans les pays d’origine, un système économique mondial qui engendre pauvreté et exclusion, la peur qui nourrit préjugés et mépris, l’idée que ces problèmes ne nous concernent pas, les calculs criminels de ceux qui profitent du drame des autres, le passage lent et difficile d’une simple gestion des urgences à l’élaboration de politiques globales et partagées : tout cela reproduit aujourd’hui, dans le récit évangélique, la hâte de “passer outre” », a déclaré Prevost.

« Ne nous laissons pas vaincre par la peur, mais regardons les fatigues du quotidien comme un temps d’opportunité et de témoignage. Que la vénérée image de la Vierge de Porto Salvo revienne vous parler avec la force d’autrefois, quand ceux qui vous ont transmis cette dévotion vous rappelaient que nous avons tous en Dieu un port sûr et que chaque communauté chrétienne est appelée à en être le reflet sur la terre. Et vous, communautés de Lampedusa et de Linosa, que ne vous manque jamais le souffle de la foi, de l’espérance et de la charité : « O’scià ! », a conclu le pape en utilisant la formule de salut des habitants de Lampedusa, qui se traduit par « mon souffle ».

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