Venir à Kharkiv pendant les fêtes peut se révéler cette année une expérience particulière, surtout si la nuit est tombée et que vous arriviez de Kiev, la capitale ukrainienne, lourdement bombardée depuis le début de l’hiver. Apprêtez-vous à basculer d’un monde en noir et blanc à celui de la couleur. Partout, l’obscurité menace l’Ukraine en guerre, avec d’interminables coupures de chauffage et d’électricité causées par les frappes russes. Mais à Kharkiv, grande ville de l’Est proche de la frontière russe, la célèbre rue Soumska ressemble à une immense guirlande qui illumine le centre-ville. Des décorations se succèdent, géantes, l’une derrière l’autre, débauche de lumières, de couleurs, du rose, du doré, du rouge, tout ! pourvu que ça flamboie. On en serait presque aveuglé, après les avenues sombres de Kiev, où un minuscule sapin clignote parfois à la vitrine d’une épicerie, vaille que vaille, dans le vrombissement d’un générateur plus gros que lui.
Au centre commercial Nikolsky, bombardé en 2022 puis rénové, on se bouscule. « Il y a plus de monde que l’an dernier », s’enthousiasme la jeune hôtesse d’accueil. Et « encore plus de cadeaux », enchaîne une vendeuse. Partout, des files d’attente : à la parfumerie, devant les nouveaux modèles de portables, au rayon vin du supermarché. Exactement en même temps, de l’autre côté de la Terre, les discussions sur l’Ukraine se poursuivent en Floride entre les présidents Donald Trump et Volodymyr Zelensky. « Les négociations ? Non, je n’y pense même pas. Je veux regarder ma fille danser, c’est ce qui m’intéresse aujourd’hui », affirme une mère de famille, venue de la banlieue industrielle. Il faut un « Noël pour la petite », elle veut y croire. La petite a 16 ans, toute pomponnée pour le concours de K-pop, ces chorégraphies à base de musique sud-coréenne, organisé par le centre commercial.
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