« Nous les jeunes, on a tout fait pour éviter cela ! On a organisé des réunions, on a invité les responsables mais ils n’ont pas pris la chose au sérieux », s’insurge Abou Hamza après l’éboulement meurtrier d’une décharge à Conakry, la capitale guinéenne.
Ce résident, qui est un des responsables des jeunes du quartier Dar es Salam, « accuse l’Etat » après l’éboulement sur des habitations d’une énorme décharge d’ordures dans la commune de Gbessia, en banlieue de Conakry.
La catastrophe, survenue après de fortes pluies, a fait au moins 31 morts et 22 blessés, selon le dernier bilan des autorités. Un précédent bilan annoncé par le gouvernement dimanche faisait état de 30 morts.
Le drame s’est déroulé dans la nuit de samedi à dimanche. Plusieurs habitations ont été emportées par l’éboulement de cette décharge existant depuis les années 1960.
Lundi, le site était entièrement bouclé par les forces de sécurité. Les pelleteuses y poursuivaient leurs recherches sous une pluie torrentielle, a indiqué une source sécuritaire à l’AFP.
« L’Etat n’a pas pris les mesures pour que la décharge soit fermée. Pourtant, ils nous avaient promis, cela fait un an », déplore Abou Hamza. « On a organisé des réunions, on a organisé des sacrifices, on a invité les responsables des départements concernés, mais ils n’ont pas pris la chose au sérieux… », se désole-t-il.
– Désolation –
La zone du quartier de Dar es Salam emportée par l’éboulement offre désormais un spectacle de désolation.
Selon les témoignages recueillis par l’AFP, certaines familles ont perdu de nombreux proches en une seule nuit.
Le jeune Abdoul Soumah explique ainsi avoir perdu sa mère, ainsi que ses frères et sa soeur.
Pendant toute la journée de dimanche, des pelleteuses ont fouillé le site, tandis que des dizaines de personnes étaient agglutinées au sommet et autour de la décharge à la recherche désespérée de survivants et de victimes.
Le va-et-vient des équipes de secours transportant des blessés sur des brancards, escortés par des proches éplorés, a duré plusieurs heures, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Des dizaines d’habitantes du quartier endeuillées, sous le choc, ont crié leur douleur, se réconfortant les unes les autres.
Le jeune Alhassane Camara, résident du quartier, a raconté à l’AFP le moment où l’éboulement a frappé son habitation en pleine nuit, tuant sur le coup l’un de ses frères.
« Je dormais avec mes deux petits frères (…) Il y a eu des bruits bizarres derrière moi. Après, j’ai vu tomber… ils étaient deux petits, l’un est décédé dedans et on a fait sortir l’autre », témoigne-t-il. « Je suis parti appeler les gens pour m’aider. On a fait sortir ma mère, ma grand-mère et mes sœurs. On était beaucoup… C’est Dieu qui nous a aidés ».
Les traits tirés, Aboubacar Camara, un autre habitant, explique avoir réussi à sauver sa famille. Dimanche « vers 02H00 ou 03H00 du matin, on a entendu un glissement, des cris au dehors, tout le monde criait… », relate-t-il.
Alors qu’il venait à peine de sortir de son logement avec son épouse, un second glissement est survenu, emportant plusieurs jeunes du quartier qui étaient partis au secours des victimes du premier éboulement. « Toutes les personnes qui sont parties là-bas pour secourir, ils sont tous restés dedans… », dit-il, encore traumatisé.
Player Macire confie avoir perdu son mari dans ces circonstances. « Mon mari est allé pour sauver des gens après le premier éboulement et voilà, subitement une seconde catastrophe a enseveli le papa de mes enfants… »
Lundi soir, le maire de la commune de Gbessia a annoncé que deux enfants, initialement portés disparus avec trois de leurs frères et soeurs, avaient été retrouvés vivants parmi les décombres.
« Madame (Ciré) Kallo, que j’ai moi-même rencontrée hier, a dit avoir perdu son mari et cinq de ses enfants. On a constaté aujourd’hui que parmi ces enfants, il y en a deux qui vivent encore et qui sont actuellement hospitalisés: une fille et le plus jeune, un garçon », a déclaré à la presse le maire Mamadou Saliou Fofana.
L’état de santé des deux enfants est jugé stable et encourageant, a-t-il ajouté.
– Centaines de sinistrés –
Quelque 358 sinistrés ont été évacués et sont hébergés dans une école du quartier Dixinn, dans la capitale, a déclaré lundi Lancei Touré, directeur général de l’Agence nationale pour l’aide humanitaire et la gestion des catastrophes.
Les abords de cette école ont également été bouclés par la police et les journalistes n’ont pu y accéder lundi.
Soixante-douze foyers sont toujours à risque et les habitants de zones dangereuses ont été appelés à quitter les lieux, a ajouté M. Touré.
Un refuge, de la nourriture, des vêtements ainsi que des produits de santé sont distribués, et un hôpital mobile doit être mis sur pied avec la mobilisation d’une équipe de soutien psycho-social, selon l’agence.
Le gouvernement avait annoncé ces derniers jours des opérations d’expulsions et de sécurisation autour de la décharge, à cause des risques d’éboulement. La saison des pluies est particulièrement longue et intense dans ce pays pauvre.
Dans un message sur Facebook, l’ancien président guinéen en exil Alpha Condé (2010-2021) a exhorté à « protéger la dignité et la sécurité de (nos) populations les plus vulnérables ». « La Guinée est aujourd’hui en deuil », a-t-il lancé.
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