- Près de 70.000 forces de l’ordre seront encore mobilisées ce samedi 31 octobre, pour l’acte III de la mobilisation « contre la vie chère ».
- Mais les syndicats de police sonnent l’alarme : ils sont « extrêmement fatigués » par les manifestations à répétition et les violences dont ils sont la cible.
- Le ministère de l’Intérieur nous a assuré être « très attentif » à la situation des policiers et gendarmes pour « tenir dans la durée ».
Suivez la couverture complète
Lycées, facs, gilets jaunes… Une France entre colère sociale et violences urbaines
Ajoutez TF1info à vos sources sur Google
« On sait que samedi prochain est encore
un samedi à risque
, on sait qu’il y a
le 5 novembre, une journée de mobilisation nationale
qui mobilise tous les syndicats et il y a encore d’autres samedis »
, a affirmé lundi 26 octobre Emmanuel Macron. En visite surprise à Marseille pour un déplacement consacré au « retour de l’ordre »
, le chef de l’État a reconnu que «
les forces de police n’étaient pas dûment proportionnées
»
après les violences urbaines survenues le 17 octobre. « Pour autant, il n’est pas écrit qu’il y ait une chronique de chaque samedi qui doive reprendre »
, a-t-il assuré en référence à la mobilisation des Gilets jaunes durant sept week-ends d’affilée en 2018.
Pour « que le 17 octobre ne se reproduise jamais »
, Laurent Nuñez a de son côté annoncé sur RTL mardi 27 octobre que le dispositif de sécurité ce samedi 31 octobre sera « aussi conséquent »
qu’il l’était pour la mobilisation du 24 octobre dernier, soit 70.000 policiers et gendarmes déployés sur le territoire national. « On se prépare à ce qu’il y ait des manifestations »
et « on tiendra le temps qu’il faudra »
, a ajouté le ministre de l’Intérieur, interrogé sur la capacité des forces de sécurité à maintenir cette cadence dans la durée face aux appels à manifester qui se multiplient.
Je ne sais pas comment on va faire pour tenir le coup
Je ne sais pas comment on va faire pour tenir le coup
Rudy Manna, délégué national UNSA Police, sur LCI
Pourtant, plusieurs syndicats de police alertent sur un surmenage. « Je ne sais pas comment on va faire pour tenir le coup, je le dis de manière très claire et on va déjà essayer de tenir samedi »
, a admis mardi sur LCI Rudy Manna, délégué national UNSA Police.
« On a mobilisé énormément de forces de l’ordre, on a demandé à tous les policiers de rogner sur leur repos, sur leur congé et on se retrouve avec des hommes et des femmes extrêmement épuisés et fatigués par les mobilisations des dernières semaines »
, abonde Axel Ronde, président et porte-parole du syndicat CFTC-Police. Contacté par TF1info, il dénonce une surutilisation massive « depuis des mois, voire des années »
des forces de l’ordre pour sécuriser des événements sportifs, culturels ou politiques en tout genre.
Plus de 2.600 blessés
« On a aussi eu énormément de blessés face à des individus radicalisés qui ont voulu affronter les forces de l’ordre »
, ajoute le brigadier-chef. Selon les derniers chiffres transmis par Beauvau à TF1info, les forces de sécurité intérieure ont dénombré plus de 2.600 blessés dans leurs rangs lors des dernières semaines (1.193 pendant la mobilisation lycéenne, 1.157 le week-end du 17-18 octobre et 267 le 24 octobre).
« On va avoir
besoin de repos
, ne serait-ce que physique, mais aussi psychologique. Un policier a aussi besoin de se reposer la tête »
, a défendu sur LCI Rudy Manna le jour de l’acte II de la contestation sociale. « Quand vous faites une vacation de 17 heures, que vous prenez des projectiles, des crachats, des insultes, il faut garder de la lucidité pour ne pas déborder »
, souligne à son tour Sébastien Greneron, secrétaire départemental Alliance Bouches-du-Rhône, dans le reportage de LCI en tête de cet article. « Notre inquiétude, c’est que physiquement, mentalement, les policiers finissent par lâcher. »
On a mobilisé énormément de forces de l’ordre, on a demandé à tous les policiers de rogner sur leur repos, sur leur congé
On a mobilisé énormément de forces de l’ordre, on a demandé à tous les policiers de rogner sur leur repos, sur leur congé
Axel Ronde, président et porte-parole du syndicat CFTC-Police
« Il faut comprendre que les policiers maintiennent l’ordre en mode dégradé (…) et que, quand on est fatigué, on peut commettre des erreurs qu’on ne devrait pas faire »
, avertit pour sa part le président du syndicat CFTC-Police. Selon Laurent Nuñez, 36 enquêtes ont été ouvertes par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) au 13 octobre pour des violences présumées dans le cadre du mouvement lycéen, dont quatre concernent « des blessures mutilantes »
. Sur RTL, le ministre de l’Intérieur a également évoqué mardi « une trentaine d’enquêtes »
de la police des polices pour la journée du 17 octobre et quatre autres enquêtes pour le 24 octobre.
70.000 policiers et gendarmes tous les samedis ?
Si Laurent Nuñez a martelé qu’il faut maintenir à tout prix l’ordre public, est-il possible de mobiliser 70.000 policiers et gendarmes tous les samedis ? « Si je vous réponds très honnêtement, je vais vous dire non »
, a répliqué sur LCI le syndicaliste Rudy Manna, alors que beaucoup de ses collègues n’ont déjà pas pu profiter des vacances de la Toussaint. Un tel scénario semble aussi « très difficile à mettre en application »
, selon Bruno Bartocetti, secrétaire national zone-sud du syndicat Unité. « On n’aura pas les moyens de tenir comme ça, en sachant qu’il va y avoir encore d’autres rendez-vous très sensibles jusqu’à l’élection présidentielle de 2027 »
, a-t-il également argumenté sur LCI.
« On est à l’os de toute façon sur les effectifs et on ne va pas pouvoir les sortir du chapeau comme ça »
, enchérit en outre Axel Ronde. « Forcément, des policiers n’iront pas en congé, n’auront pas de repos ou ne reviendront pas dans leur famille. »
Le brigadier-chef juge par ailleurs « complètement obsolètes »
les dispositifs d’accompagnement au sein de la police pour tenir face à une colère sociale vivace.
Des policiers n’iront pas en congé, n’auront pas de repos ou ne reviendront pas dans leur famille
Des policiers n’iront pas en congé, n’auront pas de repos ou ne reviendront pas dans leur famille
Axel Ronde, président et porte-parole du syndicat CFTC-Police, à TF1info
Sollicité par TF1info, le ministère de l’Intérieur reconnaît un « effort réel »
des forces de sécurité, évoquant le rappel de permissionnaires ou d’agents en congés annuels pour le 24 octobre au sein des forces mobiles (dont font partie les CRS). Ces mesures, assorties à la suspension des repos pour les policiers et les gendarmes, permettent de « porter le taux de disponibilité à 75% »
le samedi, selon cette même source.

Après le 17 octobre, le gouvernement a aussi décidé de déployer des unités spécialisées,(le Raid, le GIGN et la BRI, ainsi que des militaires de l’opération Sentinelle) pour soulager les unités mobiles de certaines tâches de protection de bâtiments. Drones, hélicoptères et blindés Centaure sont également utilisés en plus des traditionnels engins lanceurs d’eau.
Beauvau reconnaît un « effort réel », la grogne des policiers monte
Malgré tout, Axel Ronde l’assure : « on va tenir, bien évidemment, parce qu’on est des professionnels et qu’on a un sens du devoir, un sens de l’honneur »
. « Il y a un sentiment de fierté d’être policier en France et beaucoup de policiers sont revenus pour aider les copains samedi dernier et
ne pas revivre le 17 octobre
«
, a par ailleurs mentionné Rudy Manna du syndicat UNSA Police, pour qui « les week-ends sont devenus terriblement difficiles »
.
Face à un métier considéré de « plus en plus dangereux »
et au gel de la prime de risque, Axel Ronde déclare que « le gouvernement et le président de la République devraient faire très attention à l’état du moral des policiers actuellement »
. « On a suspendu notre mouvement de contestation, eu égard à ce qui se passe, mais jusqu’à quand ? J’ai des policiers qui n’en peuvent plus et qui vont peut-être faire des actions inédites, outrepassant les mesures syndicales »
, prévient le porte-parole du syndicat.
Nous avons pleinement conscience qu’il faut tenir dans la durée, tout cela en maintenant un dialogue social de qualité
Nous avons pleinement conscience qu’il faut tenir dans la durée, tout cela en maintenant un dialogue social de qualité
Le ministère de l’Intérieur à TF1info
« S’il faut 70.000 flics dans la rue à chaque fois, ça va gronder plus fortement »
, a confirmé Rudy Manna sur l’antenne de LCI. « Les vacances scolaires se terminent bientôt et si on doit recommencer le blocus de lycéens en plus des manifestations le week-end, ça va être extrêmement difficile à gérer pour les effectifs »
, a-t-il aussi alerté.
Interrogé sur cette question, Beauvau nous a enfin écrit : « avoir pleinement conscience qu’il faut tenir dans la durée, tout cela en maintenant un dialogue social de qualité : le ministre de l’Intérieur est très attentif et des échanges constructifs ont lieu. »

