- Le WWF publie, jeudi, son rapport « Planète Vivante » sur le déclin de la biodiversité à travers le monde.
- Une étude qui permet de suivre l’état des populations de vertébrés sauvages.
- Si les chiffres restent inquiétants, des motifs d’espoir existent.
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Le constat est toujours aussi alarmant : à travers le monde, en cinquante ans, la taille moyenne des populations d’animaux vertébrés a chuté de 73%. Ce chiffre provient du rapport Planète Vivante, publié jeudi 8 octobre par le WWF (nouvelle fenêtre). Un rapport crucial sur l’état de la biodiversité à travers le monde qui paraît tous les deux ans.
L’étude intervient dans un « moment particulier »,
a souligné lors d’une conférence de presse Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France. La France et l’Europe occidentales viennent en effet de vivre leur été le plus chaud jamais enregistré (nouvelle fenêtre) depuis le début des mesures et la perte de biodiversité dans l’Hexagone, après des incendies record (nouvelle fenêtre), une succession de canicules et une sécheresse historique pourrait s’avérer dramatique.
Un chiffre « sombre et dramatique » mais des motifs d’espoir
Si la diminution de taille moyenne des populations étudiées est la même que lors du précédent rapport (nouvelle fenêtre) (-73% entre 1970 et 2020), elle s’est accélérée par rapport à 2022 (-69% entre 1970 et 2018 (nouvelle fenêtre)) selon l’Indice planète vivante (IPV), instrument de mesure utilisé par le WWF et l’ONU qui suit l’évolution des populations de mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens et non le nombre d’espèces ou d’animaux disparus.
« C’est un chiffre sombre et dramatique, c’est vertigineux »,
alerte Véronique Andrieux. Mais il regroupe aussi des situations bien différentes selon les espèces. « Certaines populations déclinent, tandis que d’autres sont stables ou augmentent. Le rétablissement de certaines montre ainsi que le déclin n’est pas une fatalité »,
pointe le WWF.
Et l’étude du WWF s’appuie sur ces bonnes nouvelles avec des espèces qui ont vu, ces dernières années, leurs populations remonter grâce aux efforts de conservation. La population mondiale de tigres sauvages a ainsi augmenté de plus de 70% entre 2010 et 2025 avec un nombre d’individus passé de 3.200 environ à 5.700. Une bonne nouvelle due à plusieurs actions : des plans nationaux de rétablissement des populations, une extension des aires protégées ou encore le renforcement de la lutte transfrontalière contre les trafics.
Autre exemple : la tortue verte, passée en 2025 de « en danger » à « préoccupation mineure », preuve de l’efficacité de politiques menées sur la protection des sites de ponte, de la lutte contre la surexploitation et la prévention des captures accidentelles dans les engins de pêche.
En France, le retour des loutres, cigognes noires et gypaètes
En France aussi, il existe des bonnes nouvelles. Quasiment disparue dans le pays dans les années 1980, la loutre recolonise progressivement le territoire depuis sa protection en 1981 et la mise en œuvre de plans nationaux d’actions. « Son retour illustre l’efficacité des politiques de protection et de restauration des milieux aquatiques »,
souligne ainsi le WWF alors que l’animal a enregistré entre 2009 et 2023 une hausse de 40% de sa surface de présence.

Même bonne nouvelle pour deux oiseaux qui voient leurs populations remonter dans l’Hexagone : la cigogne noire et le gypaète barbu. La première avait quasiment disparu d’Europe occidentale avant que des efforts de conservation ne lui permettent de faire progressivement son retour en France, alors que 70 à 90 couples de ces oiseaux migrateurs qui viennent se reproduire en Europe nichent aujourd’hui dans le pays.
Un redressement dû aussi à une bonne gestion des forêts de ses zones d’habitat, par exemple dans la région d’Auberive, en Haute-Marne, où elle installe généralement son nid dans les grandes zones boisées, à proximité de zones humides, alors qu’elle est très sensible au dérangement. Si la situation s’améliore pour la cigogne noire, l’espèce reste néanmoins « En danger » en France.

Concernant le gypaète barbu, une trentaine de couples reproducteurs sont aujourd’hui présents dans les Alpes françaises alors que l’oiseau avait quasiment disparu dans les années 1930. Les programmes de réintroduction lancés dans les années 1980 ont permis le retour du rapace et représentent, souligne le WWF, « un succès de conservation, même si l’espèce reste fragile ».

« Il y a ce message d’espoir, quand la conservation est faite dans la durée avec des moyens humains et financiers avec une logique de conservation effective dans le temps, ça marche vraiment, ça apporte des résultats. Il faut plus et mieux de conservation »
, appuie ainsi Véronique Andrieux qui prévient toutefois : « La conservation à elle seule ne suffit pas. Si on n’adresse pas les causes structurelles de la perte de biodiversité, on n’y arrivera pas ».
Accélérer pour la prochaine décennie
Car les bonnes nouvelles concernant certaines espèces ne doivent pas faire oublier la perte globale de biodiversité à travers le monde. « Nous ne
sauverons pas durablement la biodiversité
en protégeant quelques espaces ou quelques espèces tout en continuant à financer et développer les systèmes qui la détruisent »,
alerte ainsi le WWF qui rappelle que « la biodiversité n’est pas un sujet périphérique : elle est le socle de notre alimentation, de notre eau, de notre santé, de notre climat, de nos économies et de nos sociétés ».
Selon l’organisme, environ la moitié du PIB mondial, soit quelque 58.000 milliards de dollars en 2023, provient d’activités qui dépendent d’une manière ou d’une autre de la nature. D’où l’appel à adresser ce « problème systémique via des solutions systémiques ». « Il faut que la biodiversité irrigue l’ensemble des politiques publiques, mais force est de constater que ce n’est pas le cas en ce moment, notamment en Europe et en France »,
alerte Jean Burkard, directeur du plaidoyer au WWF.
D’où les demandes de l’organisation de défense de l’environnement qui appelle, dans son rapport, à « transformer trois grands systèmes qui exercent une pression majeure sur la nature »
:
- L’alimentation,
« en développant une production plus favorable à la nature, en faisant évoluer les régimes alimentaires et en réduisant les pertes et gaspillages » ;
- La finance,
« en réorientant les investissements pour réduire les financements d’activités destructrices et accroître ceux favorables à la restauration de la nature »
; - L’énergie,
« en accélérant la transition vers des systèmes bas carbone et les énergies renouvelables »
.
Des demandes que Valérie Andrieux espère voir appliquer après « l’électrochoc »
de cet été. « Tout ça doit nous faire prendre conscience collectivement qu’il doit y avoir un avant et un après cet été et que la double crise climat et biodiversité ne doivent plus être traitées en périphérie ou à la marge, elles sont au cœur de nos vies, santé, sécurité, production d’énergie, alimentation… »,
pointe ainsi la directrice du WWF France qui appelle à un « sursaut national avant et après 2026 ».

