- Une série de publications sur les réseaux sociaux met en garde les consommateurs au sujet des traces de porc dans les jus de pomme industriels.
- Si de la gélatine de porc était utilisée par le passé comme clarifiant, l’interprofession des jus de fruits et nectars assure à TF1info que la pratique est aujourd’hui obsolète.
- Dans les produits alimentaires industriels, on peut toutefois trouver les résidus de centaines de substances, animales ou non, sans mention sur les étiquettes et en toute légalité.
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En l’espace de quelques jours, plusieurs publications ont été relayées sur les réseaux au sujet des jus de pomme industriels. Des boissons que l’on retrouve dans tous les supermarchés et qui contiendraient, nous dit-on, des traces de porc. Des internautes mettent en garde (nouvelle fenêtre) les personnes véganes et celles qui excluent le porc de leur alimentation pour des raisons religieuses. Comment du porc peut-il se retrouver dans un jus de fruit ? Sous forme de résidus de « gélatine », avancent certains.
Les gélatines animales ont été remplacées par des protéines végétales
Pour en savoir plus sur ces allégations, TF1info a pris contact avec Unijus, l’organisation professionnelle qui fédère la filière des jus de fruits et nectars en France. Elle confirme que par le passé, il était courant que des industriels recourent à de la gélatine – notamment de porc – lors de la fabrication du jus de pomme. Cette substance était utilisée pour la « clarification »
des jus, un procédé qui vise à les rendre plus limpides en éliminant les particules en suspension qui leur donnent une apparence trouble.
« Cette pratique est aujourd’hui obsolète »
, nous assure Unijus. « Les personnes véganes, de confession juive ou musulmane n’ont pas de raison de craindre la présence de porc, même en quantité infime, dans les jus de fruits de nos adhérents. »
Les industriels du secteur « utilisent désormais de la protéine végétale pour la clarification »
, un procédé «
autorisé depuis 2014
(nouvelle fenêtre)«
par les textes européens. Dans les années qui ont suivi, le « recours aux protéines végétales de blé, de pois ou de pomme de terre pour la clarification des jus
» a contribué à l’abandon de la gélatine, et à celle issue du porc en particulier.
Si les professionnels du secteur ont impulsé il y a un peu plus de dix ans une évolution de leur méthode de fabrication, on note que ces changements ont été imperceptibles pour les consommateurs. Sur la liste des ingrédients au dos des bouteilles, les protéines végétales ne sont en effet pas mentionnées. Pas plus que les gélatines qui les précédaient. Et pour cause : rien n’oblige les industriels à les renseigner sur les emballages.
La raison tient à la façon dont la loi définit (nouvelle fenêtre) un « ingrédient »
: c’est une substance utilisée pour fabriquer un aliment et encore présente dans le produit vendu. Or, celles utilisées pour la clarification ne servent qu’à la réalisation d’une étape de la fabrication. La réglementation les classe ainsi dans une autre catégorie, celle dite des « auxiliaires technologiques ». Ce terme désigne des substances utilisées pendant la fabrication, qui ne jouent plus de rôle dans le produit fini. La loi autorise qu’il en reste des traces, à condition qu’elles soient involontaires, techniquement impossibles à éviter et sans danger pour la santé. C’est ce qui les distingue des additifs, comme les conservateurs ou les colorants, qui agissent encore dans l’aliment consommé et doivent donc figurer sur l’étiquette.
Des centaines de substances passent sous les radars
Les « auxiliaires technologiques »
peuvent être utilisés à des fins très variées (nouvelle fenêtre). Clarifier un jus, mais aussi retirer la caféine du café, solidifier certaines huiles végétales ou assurer une fonction de décontamination des salades vendues en sachets. « Tout ça est parfaitement légal, il n’y a aucun sujet là-dessus »
, souligne auprès de TF1info Camille Dorioz, directeur des campagnes au sein de l’ONG Foodwatch. Il glisse d’ailleurs que l’on compte « environ 900 substances autorisées en France »
, dans leur immense majorité méconnues des consommateurs.
Leur classification parmi les « auxiliaires technologiques » explique leur absence sur les étiquettes et entretient un certain flou autour de la composition des aliments industriels dans nos assiettes. Si les véganes amateurs de jus de fruits n’ont désormais plus à craindre de retrouver des traces de porc dans les bouteilles, l’usage de substances animales est commun dans des produits parfois inattendus. Lors d’une campagne menée en 2018, Foodwatch soulignait (nouvelle fenêtre) par exemple la présence de gélatine de porc dans des viennois au chocolat de Nestlé ou des tiramisus, vendus dans des enseignes de grande distribution.
Bien que ces substances ne se retrouvent qu’en « minuscules quantités »
, comme le note Camille Dorioz, il est important pour certains consommateurs d’avoir conscience de leur existence. Le représentant de Foodwatch insiste sur l’importance des labels et prend l’exemple de certains producteurs de vin, qui ont pris ces dernières années l’initiative de proposer une certification « végan ». « Ça peut surprendre, mais il faut savoir que pour enlever les résidus du vin, une technique traditionnelle consiste à utiliser du jaune d’œuf, avec la technique dite du collage. »
Si un renforcement de la transparence concernant l’usage des « auxiliaires technologiques » n’est pas à l’ordre du jour à l’échelle française ou européenne, il n’est pas exclu qu’un label « végan » fleurisse un jour sur les emballages de jus de fruit. « Le besoin ne nous a pas été remonté jusqu’à présent, mais c’est un sujet que l’on pourrait évoquer dans nos instances décisionnaires »
, confie-t-on du côté d’Unijus.
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