- Le président argentin, en visite en France ce mardi, se vante d’avoir drastiquement fait chuter l’inflation depuis qu’il est arrivé au pouvoir.
- Nous nous sommes penchés sur les chiffres publiés par l’Institut national de la statistique.
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La politique à la tronçonneuse, promue par Javier Milei, a-t-elle produit ses effets en Argentine ? Tandis que le chef de l’État est attendu ce mardi 29 septembre à Paris, dans le cadre d’un forum d’affaires, des publications font état d’une chute spectaculaire de l’inflation dans le pays depuis son arrivée au pouvoir, en décembre 2023. « L’inflation mensuelle de l’Argentine est passée de 25,5 % lors du premier mois de Javier Milei à 1,7% en août 2026 […] Les ‘experts’ qui qualifiaient cela de ‘théâtre de l’austérité’ ont désormais 33 mois de données de l’INDEC à expliquer »,
affirme alors un compte X (nouvelle fenêtre). Nous nous sommes penchés sur les données publiées.
Une inflation galopante en 2023
Lorsque Javier Milei, figure ultraconservatrice et ultralibérale, prend ses fonctions en tant que président, l’Argentine traverse « sa plus grave crise économique depuis 2001 »,
comme le souligne une note de Bercy. (nouvelle fenêtre) Le pays d’Amérique latine présente notamment un taux d’inflation se situant à 161%, en glissement annuel, en novembre 2023. Au mois d’août dernier, ce taux a fortement chuté puisque l’INDEC, l’Institut national de la statistique et des recensements, l’évalue à 33,5% (nouvelle fenêtre).
Le taux d’inflation mensuel se situe quant à lui à 1,7% ; contre 25,5% en décembre 2023 (nouvelle fenêtre). Il s’agit ici de l’indice retenu des prix à la consommation, retraçant la hausse du panier moyen d’un mois sur l’autre. Ce second indicateur (nouvelle fenêtre) permet de refléter les effets immédiats d’une politique économique et moins la conséquence de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat. C’est celui-ci qui est regardé attentivement chaque mois par les autorités. Selon une analyse (nouvelle fenêtre) du service d’études de la banque BBVA, cette « évolution est positive, car elle souligne la solidité du processus de désinflation en cours malgré la volatilité des prix saisonniers ».
Javier Milei : quel est son bilan sur le plan économique ? L’analyse de Nicolas Doze
Cette chute drastique de l’inflation, qu’il s’agisse donc du taux mensuel comme du taux de glissement annuel, s’explique par une politique monétaire drastique conduite par Javier Milei. Avec les coupes nettes décidées dans les dépenses publiques, symbolisées par cette image de tronçonneuse (nouvelle fenêtre), l’exécutif argentin a arrêté d’investir dans les services publics, désindexé les pensions des retraites et ramené le déficit à zéro. Il a également gelé l’émission de nouveaux billets, permettant que la monnaie garde de sa valeur. « Le quasi-gel de la quantité de peso en circulation, le peso fort et l’arrêt de la monétisation du déficit ont permis de réduire l’inflation jusqu’à +1,5 % g.m. en mai 2025 »,
appuie encore Bercy.
Pour le groupe de réflexion libéral de l’IFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), dans une analyse de 2025, (nouvelle fenêtre) la politique conduite par Javier Milei « a reposé en grande partie sur la suppression de cet engrenage dette-inflation, et a permis de réduire le déficit public (notamment par la désindexation des prestations et rémunérations publiques) et d’arrêter l’inflation par la dette (grâce à une politique monétaire restrictive) ».
Un fort endettement des ménages
Ainsi, d’autres bons indicateurs économiques ont accompagné la chute de l’inflation, comme la croissance du PIB qui « a fortement augmenté en 2025, pour s’établir à +4,4 % »,
selon Bercy. Le PIB se replie toutefois au deuxième trimestre 2026 (0,6%), montrant une certaine stagnation. Malgré tout, des signaux faibles montrent que la situation économique est loin d’être assainie en Argentine. En effet, les ménages sont ceux qui subissent l’inflation galopante de ces dernières années. Si ce taux est désormais contenu, les prix de l’alimentation et des services continuent d’augmenter chaque mois, n’étant pas sans conséquence sur le pouvoir d’achat des Argentins.

Bon nombre d’entre eux n’ont eu d’autre choix que de contracter des crédits pour continuer à consommer. Mais « la capacité des particuliers à rembourser les crédits (hors emprunts hypothécaires) se dégrade depuis le printemps 2025 de façon très préoccupante, tant par sa rapidité que par son ampleur inédites depuis 2008 »,
selon une analyse de BNP Paribas (nouvelle fenêtre). En chiffres, 5,8 millions de personnes (sur 46 millions d’habitants) cumuleraient plus de 90 jours de retard dans le remboursement de leur emprunt. « Au-delà du succès indéniable remporté en matière d’inflation, la thérapie de choc menée par le gouvernement de J. Milei depuis 2024 a précipité des millions de ménages argentins dans une trappe à endettement »,
selon cette note.
Cette situation conduit certains économistes, comme le spécialiste de la dette argentine, Can Cinar, dans un podcast (nouvelle fenêtre)de The Conversation,
à considérer que l’économie nationale se retrouve alors « vidée de sa substance ».
Pour le reste de l’année 2026, la banque BVA prévoit tout de même une poursuite de la désinflation avec « un taux d’inflation mensuel moyen de 1,55 % pour le reste de l’année ».

