Après une première journée procédurale, essentiellement consacrée à la demande de renvoi – finalement rejetée – formulée par Carlos Ghosn, le tribunal est entré dans le vif du sujet, ce jeudi 17 septembre. Rachida Dati a été pour la première fois interrogée sur les soupçons de corruption et trafic d’influence qui lui valent d’être renvoyée devant la 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.
L’audience s’est ouverte par d’interminables débats sur la recevabilité des parties civiles. Olivier Baratelli, l’un des avocats de Rachida Dati, s’est offusqué deux heures durant de la présence d’associations anticorruption aux côtés du conseil de Renault. « Certains ici ne devraient occuper qu’un strapontin, voire être exclus », a tonné le bâtonnier. Les avocats desdites associations ont à leur tour pris la parole, accusant leur confrère de choisir ses contradicteurs et de retarder volontairement l’entrée dans le cœur du dossier, après avoir essayé d’éviter le procès à tout prix. L’un d’eux rappelle les 58 recours intentés par Rachida Dati avant l’audience, une autre compare la plaidoirie d’Olivier Baratelli au monologue d’un sénateur américain adepte de la flibuste, cette technique d’obstruction parlementaire par monopolisation de la parole.
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Caroline Genin, l’une des deux représentantes du Parquet national financier, s’agace à son tour du temps qu’occupe ce débat. « Cela fait deux jours que la défense essaie de faire passer Mme Dati pour la victime. C’est le moment d’ouvrir le fond de ce dossier et d’entendre Rachida Dati », s’emporte la magistrate financière. Au milieu de ces avocats à couteaux tirés, Rachida Dati paraît pourtant bien sage, immobile et silencieuse sur son strapontin, une liasse de documents posée sur ses genoux. Comme au premier jour de l’audience, elle tourne ostensiblement le dos à l’assistance et au banc des parties civiles.
Il est 18 heures quand la présidente appelle enfin celle que la salle entière attend. Vêtue d’une veste en tweed sur un pantalon noir, Rachida Dati se présente à la barre. D’un filet de voix, elle retrace son parcours : un baccalauréat scientifique obtenu en 1983, une licence d’économie, une maîtrise de droit public. Elle exerce comme aide-soignante puis comme comptable, « tout cela en parallèle de mes études », précise la prévenue qui, trahie par le stress, parle vite – trop vite pour la greffière qui lui demande de ralentir son débit.
« J’ai signé un contrat d’avocate et j’ai exercé comme avocate »
Puis la présidente du tribunal en vient au cœur de l’affaire : ce contrat d’honoraires conclu le 28 octobre 2009 entre Rachida Dati, élue depuis quatre mois au Parlement européen, et RNBV, filiale néerlandaise de Renault-Nissan, dirigée à l’époque par Carlos Ghosn. Il prévoit des activités de conseil juridique de Rachida Dati pour le compte du groupe automobile dans des pays du Moyen-Orient et du Maghreb. À la barre, l’ex-ministre détaille les contours de cet emploi pays par pays : « Pour le Maroc, c’était la bonne exécution du contrat de 2007, la construction d’une usine à Tanger. Pour l’Algérie, il s’agissait de définir une stratégie. Pour la Turquie, c’était de protéger des investissements car il y a eu des soubresauts en 2010 et 2011 dans la collaboration entre nos deux pays », explique Rachida Dati.
Pour l’accusation, ce contrat est la preuve d’un pacte de corruption établi entre l’ex-ministre et l’homme d’affaires. Un contrat qui aurait servi à maquiller un travail de défense des intérêts du groupe Renault au sein de l’hémicycle européen, ce que le mandat d’eurodéputée de Rachida Dati prohibait. Le parquet retient à charge contre Rachida Dati trois questions parlementaires liées au secteur automobile et des prises de position favorables au constructeur, résumées dans une note envoyée à Carlos Ghosn en février 2013 à la fin de son contrat – une simple veille juridique, selon elle. « J’ai signé un contrat d’avocate et j’ai exercé comme avocate », se défend Rachida Dati, qui assure avoir fourni un travail à la hauteur du salaire qu’elle perçoit de RNBV : 300 000 euros annuels hors taxes, soit 900 000 euros perçus entre 2010 et 2012.
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Le tribunal cherche ensuite à connaître la façon dont se sont noués les liens entre Rachida Dati et Carlos Ghosn. C’est elle qui est à l’initiative : « Nous avons eu un échange téléphonique. Je l’ai informé de ma future activité d’avocate. Il m’a dit qu’il était intéressé notamment pour une urgence au Maroc », développe-t-elle. « En quoi cette qualité d’avocat importe ? », demande la présidente. « Parce qu’il y a un ordre, que l’on est tenu par la confidentialité et le secret professionnel », répond Rachida Dati qui précise cependant ne s’être jamais retrouvée en tête-à-tête avec l’homme d’affaires.
L’heure avance et la présidente met un terme à ces trois premières heures d’interrogatoires. Les bases sont posées pour la suite des débats qui reprendront lundi 21 septembre.

