De notre correspondante à Montréal,
Donald Trump est-il en train de pousser, malgré lui, le Canada et l’Europe dans les bras l’un de l’autre ? Il accélère franchement le mouvement. Même si le Premier ministre canadien, Mark Carney, le répète : ce virage ne se résume pas à Donald Trump. Les États-Unis ont quand même rendu évidente une réalité : lorsqu’un seul client achète trois quarts des importations d’un pays, le moindre changement peut fragiliser le pays producteur.
Le Canada en a encore fait les frais le mois dernier. Les négociations commerciales avec Washington ont été suspendues, et depuis, les tensions tarifaires ont encore grimpé. Pas question pour autant de tourner le dos aux États-Unis : le marché américain reste incontournable pour le Canada.
Mark Carney reste sur la ligne qu’il défend depuis le début mais avec plus d’urgence, c’est-à-dire de diversifier les débouchés et retrouver davantage de marge de manœuvre. Et dans cette stratégie, l’Europe s’impose assez naturellement : c’est déjà le deuxième partenaire commercial du Canada, avec un marché de 450 millions de consommateurs.
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Dix ans d’accord de libre-échange
Cela fait pourtant presque dix ans que le Canada a un accord de libre-échange avec l’Union européenne (UE). Mais Ottawa veut maintenant aller beaucoup plus loin que le commerce. Mark Carney parle d’une « alliance économique et de sécurité unique » qui toucherait aussi bien l’énergie et les technologies stratégiques que la défense.
Cela est déjà entamé : le Canada est devenu cette année le premier pays non européen à rejoindre le programme SAFE, qui ouvre à ses entreprises certains marchés communs de défense. L’Europe, elle, regarde aussi vers le Canada, notamment pour sécuriser ses approvisionnements, notamment en minerais critiques.
Le Parlement européen veut désormais être présent directement à Ottawa, avec l’ouverture d’un bureau dont le mandat s’étendra jusqu’à l’Arctique. Et demain, autre signe que la relation change de dimension : Mark Carney prendra lui-même la parole devant les eurodéputés.
« Le plus européen des pays non européens », le « premier membre associé » de l’UE ?
Mark Carney aime présenter le Canada comme « le plus européen des pays non européens ». Les Canadiens se reconnaissent assez dans cette idée pour que la moitié des Canadiens se dise même aujourd’hui : « Pourquoi pas une adhésion à l’Union européenne ? » C’est ce que révèle un récent sondage, alors qu’il n’y a pas si longtemps, l’idée même de poser la question aurait semblé absurde. Ce n’est certes absolument pas le plan de Mark Carney et les règles actuelles d’adhésion à l’Union européenne ne le permettent pas.
Mais le fait que l’idée séduise autant montre que quelque chose a changé et cela se voit dans le regard porté sur le voisin américain : la majorité des Canadiens estime désormais avoir davantage en commun avec l’Europe qu’avec les États-Unis. Ils soutiennent donc très largement ce rapprochement.
Cette visite à Strasbourg dit peut-être, à elle seule, quelque chose de ce basculement. La suite se jouera à Montréal fin octobre avec un sommet Canada–Union européenne qui doit justement donner une forme plus précise à cette nouvelle coopération.
En attendant, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé lors de son discours sur l’état de l’Union que le Canada devienne le « premier membre associé » de l’Union européenne.
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