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L’article de la semaine
Pourquoi cet article
Le 6 septembre, le candidat du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) a enregistré un score historique lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, un Land d’ex-Allemagne de l’Est. Dans cet éditorial, Dirk Kurbjuweit, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Der Spiegel, se demande si cette victoire électorale ne signe pas le début de la fin de la démocratie en Allemagne.
Pour les élèves de première qui étudient le thème 1 sur la démocratie, cet article est l’occasion de revenir sur les mécanismes du vote populiste.
S’il ne fallait retenir qu’une citation
« Un autre constat s’impose : plus les faits perdent de leur valeur aux yeux des électeurs, plus l’image renvoyée par les candidats, et ce qu’ils incarnent, gagne en importance – ce scrutin en est la preuve. »
Dirk Kurbjuweit s’interroge sur les causes et les effets de la victoire de l’AfD. Il observe que le raisonnement rationnel électoral classique (un électeur informé qui vote selon un programme et son intérêt) ne suffit plus à rendre compte du vote pour l’AfD et, plus généralement, du vote populiste dans de nombreuses démocraties. Comme le relèvent nombre de spécialistes de la politique, on assiste à une bascule d’une politique de programme vers une politique d’incarnation.
Le rédacteur en chef du Spiegel oppose ainsi deux logiques de légitimation démocratique : celle qui repose sur l’évaluation rationnelle de propositions (économiques, fiscales, diplomatiques…) et celle qui repose sur l’identification affective à une figure perçue comme authentique. L’article l’évoque sans équivoque : le candidat de l’AfD n’a « rien de vraiment réaliste à proposer », mais cela ne l’empêche pas de l’emporter dans les urnes. La preuve que pour les électeurs le critère de choix a changé de nature.
Ce que Dirk Kurbjuweit décrit correspond à ce que les politistes appellent la « politique post-factuelle » : les faits (statistiques économiques, expertises, bilans chiffrés…) perdent leur pouvoir de conviction face à des récits identitaires ou émotionnels. Un phénomène théorisé à l’occasion du Brexit et de l’élection de Donald Trump en 2016. L’Allemagne n’échappe donc pas à cette logique, malgré sa culture du débat rationnel et sa mémoire critique du nazisme.
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