La Suède va-t-elle assister au retour de la gauche au pouvoir ou à l’entrée de ministres d’extrême droite dans le gouvernement ? Les candidats aux législatives de dimanche jettent leurs dernières forces dans une campagne à l’issue très incertaine.
Le Premier ministre sortant Ulf Kristersson espère à cet égard se maintenir au pouvoir avec sa coalition de droite pour « rendre à la Suède sa grandeur » – comme il l’a dit vendredi à l’AFP dans un clin d’oeil à la célèbre formule de Donald Trump.
En face, et très légèrement en tête dans les sondages : l’opposition de centre gauche, emmenée par Magdalena Andersson.
Les bureaux de vote ouvriront dimanche à 06H00 GMT mais Kurt Flodin a déjà glissé son bulletin dans l’urne, de manière anticipée.
« Le plus important est que la droite l’emporte, pour qu’elle continue ce qu’elle a entamé », notamment en matière de lutte contre la criminalité, confie ce Suédois de 79 ans, croisé dans une rue huppée de la capitale Stockholm.
Le chef du gouvernement conservateur a placé cette problématique au coeur de son mandat.
De longs mois durant, sa coalition gouvernementale, constituée en 2022 et alliée avec l’extrême droite au Parlement, était donnée perdante du scrutin de cette fin de semaine.
Mais elle a depuis considérablement réduit l’écart.
– Pouvoir d’achat, immigration –
De nouveaux sondages publiés vendredi placent les deux camps dans un mouchoir de poche.
Le dernier en date, celui de Novus, crédite les quatre partis de gauche et du centre d’environ 50,8% des intentions de vote, contre 47,8% pour les quatre formations de droite.
Ils sont au coude-à-coude dans celui d’Ipsos commandé par le quotidien Dagens Nyheter : 49% pour la droite, 49,3% pour la gauche.
Ancienne Première ministre de centre gauche, Magdalena Andersson a fait campagne sur le retour à l’Etat-providence et le pouvoir d’achat.
Autant de questions chères à Jenny Larsson, qui soufflera sa 54e bougie le jour des législatives.
Cette Suédoise, qui travaille dans un théâtre de Stockholm, regrette que la classe politique ait « tendance à rejeter la faute sur l’immigration pour des problèmes qui ne sont pas dus à l’immigration ».
Elle craint aussi l’entrée de ministres d’extrême droite dans le gouvernement, en cas de réélection à sa tête d’Ulf Kristersson.
En effet, si le bloc de droite obtenait une nouvelle victoire, le parti anti-immigration, Les Démocrates de Suède, exigerait désormais des portefeuilles ministériels, une promesse qui lui a été faite par le Premier ministre sortant.
« Il n’y a rien de dramatique à cela », a-t-il balayé d’un revers de la main auprès de l’AFP en marge d’un meeting de campagne, où l’on jouait une reprise du tube des Pet Shop Boys, « Go West ».
– « Ne parlez pas mal de la Suède » –
Afin d’aider les électeurs à trancher, les médias organisent une série de débats télévisés cette semaine et ce jusqu’à la veille du scrutin.
Les candidats des huit partis en Suède se sont ainsi affrontés dans une ambiance électrique jeudi soir sur les principales préoccupations des électeurs.
« Le mode de vie de Monsieur Tout-le-monde est devenu trop cher », a déploré Magdalena Andersson.
« Ne parlez pas mal de la Suède », lui a rétorqué Ulf Kristersson.
Le logement, le climat, l’école, l’emploi et la sécurité ont dominé les échanges.
– Russie, Russie, Russie –
Mais dans un contexte sécuritaire qui s’est dégradé et avec la proximité géographique de la Russie, une révélation survenue quelques jours avant les législatives de dimanche est venue s’immiscer dans la campagne.
La fondation Expo, qui documente l’évolution de l’extrême droite suédoise, a dévoilé qu’une employée des Démocrates de Suède au Parlement avait plusieurs fois partagé de la propagande prorusse.
Un argument que Magdalena Andersson n’a pas hésité à utiliser jeudi soir, pendant le débat télévisé.
« Lundi, nous pourrions nous réveiller avec un gouvernement où les clés du ministère de la Défense seraient confiées aux Démocrates de Suède, un parti dont il a une nouvelle fois été révélé qu’il était infiltré par des sympathisants de (Vladimir) Poutine. Ne prenez pas ce risque », a-t-elle lancé.
Ce à quoi le chef de l’extrême droite Jimmie Åkesson a répondu : « c’est un niveau de débat qui, à mon avis, n’a pas sa place ici ».
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