- Dans le sud de l’Italie, près de Naples, la mafia a entassé pendant des années des milliers de tonnes de déchets toxiques.
- Cette pollution est telle que dans la région, les taux de cancer sont jusqu’à 20% plus élevés que dans le reste du pays.
- Une équipe de TF1 s’est rendue sur place, alors que les autorités commencent enfin à agir.
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Le 20H
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C’est tout un territoire pollué par les dépôts sauvages. En Italie, dans la région de Naples, la mafia dépose sur le bord des chemins, enterre ou brûle des détritus. Ces déchets toxiques empoisonnent l’air et le sol de la Campanie et dégradent significativement la santé de ses habitants. En réaction, le gouvernement a créé une unité spéciale chargée de traquer les pollueurs. Dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article, à quelques kilomètres de Naples, un gendarme bardé d’instruments mène l’enquête dans un verger. Sa mission : traquer les métaux dans le sol à l’aide d’un magnétomètre. « Je suis en train de chercher, de scanner le sous-sol pour détecter d’éventuels déchets
« , décrit Alessandro Rossi, référent régional du commandement des carabiniers forestiers.
Plusieurs carcasses de voitures brûlées récemment gisent sur le terrain agricole, signe d’une activité criminelle. D’après ses informations, des membres de la mafia locale ou des entrepreneurs peu scrupuleux se serviraient de ce verger pour se débarrasser de matières toxiques à l’abri des regards.
Vérifier la radioactivité des sols
« En général, ils cherchent des zones abandonnées ou des endroits qui ne sont pas très surveillés. Ils ont ainsi la certitude de ne pas être interceptés par les forces de l’ordre
« , détaille le carabinier face à notre caméra. Dans la zone, en 2025, les autorités ont déterré, à l’aide de pelleteuses, des tuyaux métalliques et des fûts remplis de détritus.
Plus loin, une autre équipe contrôle, elle, la radioactivité dans des champs. Ici, depuis des décennies, la Camorra enterre et brûle des milliers de tonnes de déchets d’entrepreneurs ne voulant pas payer le tarif d’un traitement légal organisé par les services publics. Les nombreux incendies filmés par les habitants valent à la région d’être surnommée « la terre des feux ». Malgré le démantèlement de plusieurs réseaux ces dernières années, il suffit de rouler quelques kilomètres dans la campagne de Naples pour constater des dizaines de dépôts sauvages le long des routes.
De nombreux jeunes morts de cancer
Cette pollution massive de l’air et des sols empoisonne les habitants. Le cimetière de la ville d’Acerra permet de mesurer l’ampleur de la crise sanitaire. « Lui, il avait 18-19 ans. Il est mort un an avant ma fille, en 2015, de la même maladie, une tumeur
« , annonce Angelo Venturato, devant une tombe arborant la photo d’un jeune homme.
Dans les allées les plus récentes, de nombreuses sépultures de jeunes et d’enfants s’alignent. Tous sont décédés ces dernières années de cancer. La fille d’Angelo Venturato est morte à 25 ans, elle aussi d’une tumeur. « Maria était pleine de vie, elle allait se marier. Quand je suis allé voir l’oncologue à l’institut, il a vu le dossier et m’a demandé : ‘vous venez d’où ?’ ‘D’Acerra’. Il a soupiré : ‘Si vous saviez combien de mes patients viennent d’Acerra
‘ », raconte ce père endeuillé.
Dans la région, les taux de cancer sont jusqu’à 20% plus élevés que dans le reste du pays. Plusieurs études font le lien entre la pollution et ces maladies graves. Face à ce scandale sanitaire, l’État italien a été condamné en janvier 2025 par la Cour européenne des droits de l’homme pour son inaction.
Jusqu’à six ans de prison
Le gouvernement a créé une unité spéciale chargée de traquer les pollueurs. Depuis leur salle de contrôle, une quarantaine de carabiniers surveillent le territoire 24h sur 24, 7 jours sur 7, à l’aide de centaines de caméras et d’équipes sur le terrain. Une voiture suspecte vient de leur être signalée. « Cette plaque n’est pas autorisée à transporter des déchets, ce qui veut dire qu’il faut intervenir. Vous devez arrêter la personne et confisquer le véhicule
« , ordonne une gendarme au téléphone.
Particuliers ou entrepreneurs peuvent être pris en flagrant délit, en train de jeter des déchets et parfois d’y mettre le feu. Pour de tels méfaits, ils risquent jusqu’à six ans de prison. Pourtant, les forces de l’ordre détectent en moyenne une quarantaine d’incendies de détritus chaque mois.
À l’aide d’un drone, le maréchal Francesco inspecte une route, nettoyée il y a à peine quelques semaines. La lutte contre les dépôts sauvages ressemble à un jeu du chat et de la souris avec les pollueurs, sans fin. « On est en train de voir, juste ici, qu’il y a des ordures dans la zone
« , remarque-t-il sur l’écran de son ordinateur connecté à la caméra du drone.
Dépolluer les terres
Après l’action des forces de l’ordre, vient le temps de dépolluer les terres. Au pied d’une ancienne décharge, dans leur combinaison blanche, des spécialistes réalisent des dizaines de prélèvements pour vérifier si le verger est encore cultivable ou s’il doit être assaini.
« On sait que l’on peut planter certains végétaux capables d’absorber les métaux et de dépolluer le sol, au lieu de déplacer d’énormes volumes de terre pour réhabiliter le terrain
« , explique Domenico Di Marzo, ingénieur à l’agence régionale pour la protection de l’environnement de Campanie. Toute la région doit être passée au crible et la facture est vertigineuse. Le coût des travaux est estimé à plus de 2 milliards d’euros. Il faudra au moins une décennie pour en venir à bout.
En attendant que la terre guérisse, pour les malades, un espoir se trouve peut-être dans un laboratoire de Naples. Des chercheurs sont en train de développer un traitement capable de détruire dans l’organisme les toxines liées à la pollution. Entre les progrès de la science et l’urgence de la dépollution, la région tente aujourd’hui d’effacer des décennies de cynisme mafieux pour que la terre des feux ne soit plus qu’un lointain souvenir.
La rédaction de TF1info | Reportage : Léa MERLIER, Alexandra POUPON, Bernard BEDARIDA

