Une décision « prise avec gravité » : après s’être donné trois mois pour tenter de convaincre le camp social-démocrate, Raphaël Glucksmann a enfin et sans grande surprise officialisé dimanche sa candidature à la présidentielle « pour relever la France », en passant par une primaire avec le Parti socialiste.
« Oui je suis candidat », a annoncé le leader de Place publique au 20H00 de TFI, expliquant avoir pris cette décision « avec gravité », et qu’il ne se voyait pas se « dérober devant un tel choix ». « Je pense que j’ai la vision qui permettra à la France de se redresser », a-t-il affirmé.
Sa décision a une conséquence immédiate : la mise en retrait sur la chaîne concurrente France 2 de sa compagne Léa Salamé, qui présentait le JT. Selon une source interne à France Télévisions, contactée par l’AFP, la journaliste doit l’annoncer dans les prochaines heures. Son joker Jean-Baptiste Marteau sera aux commandes du JT lundi soir.
« On va gagner l’élection présidentielle, j’en suis convaincu », a affirmé M. Glucksmann, fort de ses 13,8% aux dernières européennes, où il menait une liste PS-Place publique qui l’a placé en tête de la gauche.
Mais alors que le candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, son principal rival à gauche, est crédité de 15% des intentions de vote, le chef de Place publique n’est évalué qu’à 10-11%, tout en restant le mieux placé sur l’espace social-démocrate.
M. Glucksmann a annoncé qu’il participerait bien à une primaire avec le PS, prévue les 10-11 et 17-18 octobre, et a invité les électeurs, et notamment « ceux qui se sentent trahis ou abandonnés par la gauche », à « ne pas avoir peur » et à venir adhérer à ce processus de départage.
Même s’il n’y est pas favorable, M. Glucksmann était contraint d’y participer, car il a besoin de l’appareil du Parti socialiste pour mener campagne. Ce qui implique de devenir officiellement leur candidat.
Il a promis que s’il gagnait cette primaire, « il n’y aura plus jamais d’accord avec La France insoumise », qu’il accuse notamment d’antisémitisme, et a critiqué ceux qui sont « déjà en train de préparer leurs accords avec Jean-Luc Mélenchon pour gagner leur circonscription ».
Les modalités de ce processus de désignation doivent être validées par les instances des deux partis mardi.
M. Glucksmann, connu notamment pour sa fermeté vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine et sa passion pour l’Europe, a tendu la main aux Ecologistes, divisés sur leur stratégie pour la présidentielle.
Ils « ont eu raison avant tout le monde sur la catastrophe climatique », a-t-il souligné, les appelant à fonder avec lui « la République écologique ». Il a également lancé des appels du pied aux communistes.
– « Plan de sauvetage de l’école » –
Dans son programme, son obsession sera d’augmenter « la rémunération nette des travailleurs » par une baisse des prélèvements sociaux sur les salaires, qui sera financée « en taxant davantage les méga-héritages ».
Il a également promis « un plan de sauvetage de l’école publique », disant avoir « les tripes » retournées par « l’état de l’école publique ».
Dans une lettre aux Français dévoilée par Ouest-France, le candidat justifie sa candidature: « Je ne veux pas que nos enfants grandissent dans une France qui aurait renoncé à sa grandeur. Je ne veux pas leur transmettre notre impuissance et nos dépendances, nos renoncements et nos lâchetés ».
Face à lui dans la primaire, plusieurs socialistes sont sur les rangs : le député Philippe Brun, l’ancienne candidate à la présidentielle Ségolène Royal, et le député Jérôme Guedj qui a confirmé sa candidature dans La Tribune Dimanche.
Mais le principal adversaire de Raphaël Glucksmann devrait être Olivier Faure, qui n’a pas encore fait acte de candidature, mais entend défendre sa ligne d’union de la gauche.
L’eurodéputé peut déjà compter sur le soutien de plusieurs socialistes comme la présidente d’Occitanie Carole Delga, le maire de Montpellier Michaël Delafosse, ou celui de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol.
Le sénateur écologiste Yannick Jadot est également favorable à sa candidature.
Mais M. Glucksmann, qui a récupéré dans son équipe d’anciens macronistes, est soupçonné par certains à gauche d’un virage vers le centre et d’une vision sociale-libérale, ce qu’il dément vigoureusement.
Le fils du philosophe André Glucksmann pâtit aussi d’une image de déconnexion et de parisianisme qu’il s’efforce de gommer.
Il doit également faire oublier sa mauvaise prestation fin 2025 sur LCI face à un panel de Français et à Eric Zemmour, qui avait fait douter jusque dans son camp.
Raphaël Glucksmann est attendu au tournant par l’ex-président François Hollande, qui ne veut pas participer à la primaire, mais se tient en embuscade s’il dévissait dans les sondages.
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