« Choisir d’attendre l’élection présidentielle pour adopter un budget pour 2027, c’est choisir le désordre. Car la dette, elle, n’attend pas. » Sébastien Lecornu a mis en garde les parlementaires, ce samedi 22 août, et a promis de prendre « le temps qu’il faut pour le compromis » quitte à prolonger les débats sur ce budget au début de l’année prochaine.
En cas d’absence de budget, « une hausse de nos taux d’intérêt pèserait durablement sur l’État, mais aussi sur notre économie, et donc sur les ménages », prévient le Premier ministre dans une lettre envoyée aux parlementaires et révélée initialement par Le Parisien.
Sébastien Lecornu, un été dantesque comme tremplin pour la présidentielle 2027 ?
Faute de majorité à l’Assemblée, le gouvernement craint, en pleine campagne présidentielle, une coalition des oppositions gauche-RN qui ne permette pas l’adoption d’un budget. Dans ce cas, le gouvernement devrait faire voter, comme en 2025 et 2026, une loi spéciale qui permet de pallier l’absence de budget en reconduisant les recettes de l’année précédente et en engageant des dépenses nécessaires à la continuité de l’État.
Mais là où cette loi n’avait été appliquée que quelques semaines, elle pourrait l’être jusqu’à l’automne 2027 du fait de la présidentielle et des probables législatives ensuite. « Ce n’est pas une solution », insiste Sébastien Lecornu en s’appuyant sur un rapport de l’Inspection générale des finances selon lequel cette application prolongée « exposerait le pays (…) à des risques majeurs » avec un coût estimé a minima à 0,5 % du PIB.
« Ce ne sera pas un budget de non-choix »
Au contraire, un budget voté pourra être « corrigé, réorienté ou modifié rapidement par le prochain président, son gouvernement et le Parlement. Mais on ne peut pas modifier un budget qui n’a pas été adopté », plaide-t-il. Le Premier ministre refuse de rentrer dans les débats de méthode (recours au 49.3, aux ordonnances…) pour faire adopter le budget, renvoyant cela à l’issue des débats parlementaires cet hiver.
« Nous prendrons le temps nécessaire au débat, à la confrontation des choix et à la recherche de compromis. Et si ce travail doit se prolonger au-delà des échéances que certains voudraient aujourd’hui nous imposer, il se prolongera », annonce-t-il, laissant entrevoir une prolongation début 2027 si nécessaire.
Sur le fond du budget, il ne livre pas de détails mais assure que « ce ne sera pas un budget de non-choix ». Le gouvernement proposera « de poursuivre le redressement de nos finances publiques » avec « des réformes structurelles » même « si certaines paraîtront modestes prises isolément ». Il promet de ne pas « sacrifier les investissements qui garantissent notre souveraineté : défense, sécurité, justice, énergie, industrie, recherche, adaptation au changement climatique ».
Les différents ministres ont appuyé le message de Sébastien Lecornu, repartageant sa lettre à l’image d’Annie Genevard qui écrit sur X : « Il faut un budget pour la France, pour notre agriculture », ou encore Françoise Gatel qui assure : « Voter un budget pour la France : une nécessité démocratique ». Mais du côté de l’opposition, le texte ne semble pas bénéficier du même soutient. Le député et porte-parole du groupe Écologiste et Social, Benjamin Lucas, écrit : « Se foutre du monde, illustration », et d’ajouter : « Le Premier ministre peut tourner les mots avec autant de pirouettes et menaces qu’il veut, ma conviction est inchangée : les orientations budgétaires de la macronie sont nocives pour le pays. »
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