- Une publication alerte sur un possible « effondrement de notre société » dans « quinze ans ».
- Une mise en garde qui s’appuierait sur les travaux d’une grande université américaine de recherche, le très sérieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).
- On fait le point sur ce que disent réellement ces scénarios modélisés dans les années 70.
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Entre les incendies ravageurs et les chaleurs extrêmes (nouvelle fenêtre), cet été a parfois eu des airs de fin du monde. Et voilà que notre civilisation aurait une date de péremption. Une vidéo apparue sur les réseaux sociaux, vendredi 14 août, affirme qu’il « resterait quinze ans avant l’effondrement de notre société »
. Vue presque un million de fois, elle a été mise en ligne par Loopsider (nouvelle fenêtre), un média en ligne spécialisé dans la diffusion sur les plateformes.
Si le clip conclut en rappelant qu’il ne s’agit pas d’une « prophétie mais d’une alerte »
, cette mise en garde a provoqué de nombreuses réactions. « On va tous crever »
, commentent les plus pessimistes quand certains font le choix de voir le verre à moitié plein en appelant à « profiter de la vie pendant quinze ans ».
Si cette séquence est récente, ce n’est pas la première fois que la rumeur apparaît en ligne. « L’IA prédit la fin de notre civilisation, le compte à rebours est lancé pour 2040 »
, écrivait un internaute en octobre dernier, quand un autre assurait qu’un « ordinateur a vu la fin du monde »
d’ici quinze ans. Alors, que penser de cette prévision apocalyptique ?
Une étude de 1972
L’étude en question n’a rien de récent. Au contraire, ses origines remontent à 1972. Alors que les ordinateurs sont de plus en plus employés dans la recherche, une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’appuie sur un tout nouveau modèle de dynamique des systèmes. Porté par la chercheuse Donella Meadows (nouvelle fenêtre), il est baptisé World3. Il permet de faire des simulations informatiques sur les interactions entre cinq grandes variables (nouvelle fenêtre), dont la démographie, l’alimentation, la production, la pollution et les ressources non renouvelables.
C’est avec cette technologie que l’équipe a pu explorer douze versions différentes du « futur ». À chaque fois, les hypothèses sont modifiées en fonction des ressources, de la technologie ou encore des politiques environnementales. Si certains scénarios évitent un effondrement par une stabilisation volontaire des ressources (nouvelle fenêtre) et de la croissance, d’autres schémas conduisent à un dépassement des limites écologiques puis à de fortes baisses de production et de ressources alimentaires. Ces conclusions, publiées en 1972, ont été intitulées Les limites à la croissance
.
Les modèles étudiés par cette équipe du MIT courent jusqu’en 2100, à partir d’un calibrage fondé sur le siècle dernier. World3 est donc régulièrement « mis à jour »
et adapté. Parmi ceux qui se sont emparés du sujet (nouvelle fenêtre), nous pouvons citer le physicien australien Graham Turner. En 2008, ce spécialiste de la modélisation des flux compare les données des trente dernières années aux différents scénarios évalués dans les années 70. Il découvre alors que sur les huit indicateurs qu’il a sélectionnés, la majorité « continue de correspondre étroitement aux données historiques »
de l’hypothèse « business as usual »
.
Ce scénario, élaboré dans le rapport Meadows, correspond à une situation de maintien du statu quo, dans laquelle tous les paramètres restent inchangés. Dans ce cas, les premiers signes « d’effondrement »
de l’économie mondiale et de l’environnement débuteraient dans les années 2010-2020.
Des mises à jour qui n’ont pas vocation à être prédictives
Raison pour laquelle ces thèses ont de nouveau été analysées en 2020. Dans un article publié dans le Journal of Industrial Ecology
(nouvelle fenêtre), la chercheuse Gaya Herrington ajoute cinq indicateurs. Elle compare ensuite à nouveau les données disponibles à quatre scénarios du modèle World3 actualisé. Et là, ses résultats sont différents. D’après les conclusions de cette ancienne salariée du cabinet d’audit KPMG, les données observées ne correspondent plus au scénario « business as usual »
de façon nette. Cette fois-ci, elles s’alignent davantage avec deux autres trajectoires.
Le « business as usual 2 »
, qui suppose deux fois plus de ressources naturelles que le précédent, et le « comprehensive technology »
, dans lequel des avancées technologiques très ambitieuses, voient le jour. Dans le premier cas, « l’effondrement »
n’est pas évité mais « transformé »
à partir de 2040, « passant d’une crise de pénurie de ressources à une crise de pollution »
, écrit la chercheuse (nouvelle fenêtre). « Il en résulte une pollution telle que la production agricole et la santé humaine s’effondrent après un certain seuil. »
Dans le second, l’humanité passe à côté de « l’effondrement total »
mais observe à partir de la moitié de notre siècle un déclin plus modéré avec des ressources utilisées pour les nouvelles technologies (nouvelle fenêtre), au détriment de la production agricole, la santé et l’éducation.
L’article ne prophétise pas du tout la fin du monde pour 2040. D’autant qu’il souligne que les deux scénarios ne divergent vraiment qu’après 2020. C’est précisément pourquoi il est impossible de conclure, sur cette base, que le monde suit une courbe ou une autre. « Il est donc difficile de déterminer si le déclin futur du bien-être humain sera modéré »
, comme dans les scénarios les plus optimistes, ou « brutal »
, conclut Gaya Herrington.
La Terre s’épuise : regardez cette vidéo fascinante sur les six limites planétaires déjà franchiesSource : TF1 Info
En résumé, jamais le MIT n’a annoncé « l’effondrement de notre société dans quinze ans »
. Pas plus que le calendrier maya ne prédisait une fin du monde pour 2012. En revanche, des chercheurs ont étudié plusieurs scénarios très conditionnels dans les années 70, plaçant plusieurs types de « basculement »
de l’humanité sans fournir ni échéance certaine, ni prédiction pour 2040.
Les travaux successifs décrivent ensuite plusieurs scénarios de long terme, dont certains aboutissent, sous plusieurs conditions, à un « effondrement »
. Une notion qui ne rime pas avec la fin de notre civilisation. Elle désigne par contre une forte baisse durable du niveau de vie, de la santé et de la production alimentaire. Ainsi, le rapport Meadows et ses mises à jour n’annoncent pas l’apocalypse en 2040, pas plus qu’il ne donne une trajectoire unique. Mais il souligne « les limites des technologies et d’une croissance devenue l’indicateur de la prospérité »
, comme le récapitule (nouvelle fenêtre) Steve Hagimont, maître de conférences en histoire contemporaine à Sciences Po Toulouse. Ces modèles fondent « les débats sur la durabilité et la possibilité d’une croissance infinie dans un monde aux ressources finies »
.
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