RFI Musique : Les membres de Kokoroko ont des origines variées. Comment vous puisez dans toutes les traditions musicales venues de vos pays d’origine et comment elles influencent ce que vous créez avec Kokoroko aujourd’hui ?
Onome Edgeworth : Pour moi, le Nigeria représente des années et des années de créativité, mais aussi cet acte de repousser les frontières. On y trouve des musiques du monde, de la soul, de la musique plus groovy… Tout ce que vous pourriez chercher, on le trouve au Nigeria. Plus je cherche et plus j’apprends sur cette musique, plus je trouve que ce qui se passe artistiquement dans ce pays est illimité. Et il y a toujours une référence ou quelque chose d’inspirant quand j’y retourne, qui me permet de trouver de nouvelles idées voire de nouvelles musiques.
Sheila Maurice-Grey : La plupart d’entre nous viennent d’Afrique de l’Ouest. Certains de Côte d’Ivoire, de Sierra Leone et du Nigéria mais aussi d’Ethiopie et des Caraïbes. Et l’influence caribéenne que nous avons tous vient du fait que nous avons quasiment tous grandi à Londres ou autour de Londres. Il y a une influence caribéenne massive au Royaume-Uni. C’est indéniable, même dans la façon dont nous parlons, le slang. Et en termes de musique, nous avons chaque année le Carnaval de Notting Hill, où se mélangent plein d’influences différentes, comme des croisements entre le calypso et la musique traditionnelle du Sierra Leone par exemple.
Vous pouvez être plus spécifique ? Qu’est-ce qui vous inspire concrètement dans ce que dégage la ville de Londres ?
O.E. : Tout le monde dit toujours que Londres possède une multitude de scènes et de genres différents. Si on pense au lovers rock par exemple, toute la communauté caribéenne a eu une grande influence là-bas. Et puis, à cause de l’histoire de l’Angleterre, il y a tellement d’Africains de l’Ouest là-bas. Tellement de disques de musique nigériane ont été enregistrés dans cette ville. Même Bob Marley a enregistré à Londres. Jusqu’à aujourd’hui, la musique émerge souvent des contre-cultures, de manques d’opportunités, des petits groupes. C’est là toute la beauté de la ville, à quel point elle est plurielle, à quel point les gens veulent y graver leur empreinte. Londres est vraiment un endroit où les gens sont fiers de leurs origines, et c’est ce qui fait de vous qui vous êtes.
Vous faites partie de la nouvelle vague de jazz qui a émergé au Royaume-Uni au cours de la dernière décennie. Est-ce que vous vous connaissez avec d’autres groupes de cette scène, et que pensez-vous de leur travail ?
S.M.-G. : Nous sommes tous connectés, ça c’est sûr. Je connais certaines personnes de la scène jazz londonienne depuis que j’ai 12 ou 14 ans, donc ça fait longtemps. Et je pense que c’est généralement comme ça que les scènes émergent. J’ai lu à propos d’Erykah Badu, de Roy Hargrove… ces artistes ont tous grandi dans un groupe de personnes du même âge, qui sont allées dans la même école de musique, qui jouaient sur les mêmes scènes. C’est toujours intéressant quand ça se passe comme ça, de voir à quoi ça donne naissance.
Et c’est génial de voir ce que tous ces gens font maintenant, comme Nubya Garcia ou Yussef Dayes avec qui Onome jouait dans United Vibration et qui a joué avec nous, lui aussi. Il y a tellement de gens de qui on peut parler comme ça, de qui nous sommes proches et connectés. C’est juste magnifique de voir comment ces personnes ont grandi, et leur parcours artistique.
Sur votre dernier album sorti en juillet 2025, Tuff Time Never Last, vous avez étendu les frontières de votre jazz avec de la néo-soul, du disco ouest-africain, mais aussi de la bossa nova, du rock et du funk. Comment vous composez concrètement avec tellement de genres de musique différents ?
O.E. : C’est le bazar ! (rires) En fait, c’est exactement comme un buffet où vous avez tout et vous ne savez pas choisir. Donc, vous prenez un peu de tout. En fait honnêtement, on s’amuse, tout simplement. Même quand on écrit une chanson sérieuse, il y a une joie à trouver à l’intérieur. On s’amuse notamment avec le rythme. Le rythme, c’est de l’exploration, c’est du jeu. Et c’est très important pour nous de garder l’exploration et le jeu au centre de notre musique. Pourquoi ne pas utiliser toutes les belles ressources que le monde nous a données ? Et il y a encore tellement de nouvelles choses à trouver.
Votre jazz évolue constamment. Qu’est-ce que vous explorez actuellement et vers quelles sonorités vous vous dirigez ces temps-ci ?
S.M.-G. : Comme vous le disiez juste avant, en ce moment on se tourne vers la disco ouest-africaine. C’est quelque chose qui bouillonne toujours dans notre mélange de références. On écoute beaucoup de musique noire alternative aussi, venue du monde entier. Comme disait Onome, c’est comme un buffet, on peut choisir le mélange. Donc en ce moment, on prend des choses qui nous plaisent et on essaye de s’y plonger. Depuis la création de Tuff Times Never Last surtout, ça a vraiment déclenché quelque chose dans notre approche créative. On trouve de nouvelles choses, on s’y plonge et on voit où ça nous mène.
Site officiel / Facebook / Instagram / YouTube
En concert le 5 août en Allemagne, le 15 août en Italie, et en clôture du festival parisien Jazz à la Villette le 6 septembre prochain.











