- Les États-Unis et l’Iran sont entrés dans leur sixième mois de guerre.
- Malgré un accord annoncé en juin, Washington et Téhéran ne cessent de se menacer et les bombardements ont repris.
- Comment l’Iran tient-il ? Karim Pakzad, chercheur spécialiste de l’Iran, répond à TF1info.
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Moyen-Orient : le bras de fer se poursuit entre l’Iran et les États-Unis
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Plus de cinq mois de guerre… et toujours des menaces de frappes. Le président américain Donald Trump a annoncé ce lundi 3 août une reprise du dialogue avec l’Iran… immédiatement démentie par Téhéran, alors que les États-Unis ont menacé le régime iranien peu avant de « capitulation totale »
. Un nouvel épisode de cette guerre démarrée le 28 février dernier, et qui ne cesse depuis de s’enliser, malgré les frappes américaines à répétition. Comment l’Iran tient-il dans ce conflit qui semble sans issue ? Karim Pakzad, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l’Iran, nous éclaire.
Qu’est-ce qui fait encore tenir l’Iran, après plus de cinq mois de guerre ?
La principale raison est que l’Iran était préparé à cette guerre depuis des décennies. Lors de la guerre avec l’Irak (dans les années 1980, ndlr), le pays avait été surpris par l’invasion de l’armée irakienne et avait tiré comme enseignement qu’il était trop faible : aucun pays ne lui était venu en aide et ses armements avaient été trouvés sur le marché noir. L’Iran a compris que cela ne pouvait pas fonctionner comme cela éternellement.
Faute de connaissances sur la production d’avions de guerre, l’Iran s’est tourné vers les missiles, après avoir utilisé des munitions soviétiques au cours des huit ans de guerre avec l’Irak. Grâce à l’existence d’une élite scientifique – une matière grise extrêmement importante -, les Iraniens ont progressivement maîtrisé les technologies de missiles. Cela leur permet, aujourd’hui, de remplacer la puissance de frappe des avions.
Les Iraniens voient bien que Donald Trump hésite
Les Iraniens voient bien que Donald Trump hésite
Karim Pakzad, chercheur associé à l’Iris
Les États-Unis conservent des capacités militaires bien supérieures. Qu’est-ce qui pousse l’Iran à ne pas céder aux revendications américaines, notamment sur son programme nucléaire ?
Le programme nucléaire est le point de départ de l’attaque sur l’Iran. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a convaincu le président américain Donald Trump que changer le régime iranien était le seul moyen, selon lui, d’empêcher que l’Iran se dote de l’arme nucléaire.
Mais un changement de régime ne peut être obtenu que par une invasion, avec des troupes au sol qui occuperaient les institutions politiques iraniennes. Pas simplement via des bombardements aériens contre le guide suprême et son entourage. Or, l’Iran, c’est 90 millions d’habitants, une immense armée, des proxys… Cela effraie. Les Iraniens voient bien que Donald Trump hésite et qu’il ne se lancera probablement jamais dans une guerre totale avec des troupes au sol. D’autant que le président américain n’a pas le soutien de ses alliés dans cette guerre.
Si cette guerre dure, tous les programmes de la région seront en péril
Si cette guerre dure, tous les programmes de la région seront en péril
Karim Pakzad, chercheur associé à l’Iris
Depuis cinq mois, l’Iran a aussi subi de nombreuses destructions. Le pays a-t-il encore les moyens de tenir cinq mois supplémentaires, voire plus ?
Sur le plan économique, ce serait difficile. L’Iran vit d’ores et déjà une situation désastreuse en raison des sanctions internationales subies depuis plusieurs années. Mais en face, Donald Trump peut-il vraiment se permettre de mener cette guerre encore cinq mois ou plus ? Les élections de mi-mandat approchent, il y a des divergences au sein même de l’administration américaine, le vice-président américain JD Vance est très réservé…
Les deux parties ont des points faibles et des points forts. Posséder des moyens aériens n’est pas suffisant pour battre l’Iran. D’autant que si cette guerre dure, tous les programmes de la région seront en péril. Ce n’est pas ce que souhaitent les pays du Golfe, ni les Européens qui craignent la déstabilisation d’un pays de 90 millions d’habitants non loin de l’Europe.
Le régime iranien a-t-il le soutien de sa population ?
Il existe toujours un mécontentement très fort vis-à-vis du régime islamique. C’est notamment le cas des classes moyennes et supérieures et des activistes pro-occident. De ce point de vue, l’Iran est affaibli. Toutefois, ces opposants les plus éduqués ne sont pas organisés, il n’y a pas de parti politique. Or, en face, entre 15 et 20% des Iraniens soutiennent fermement le régime. Il n’y a qu’à voir les images des obsèques d’Ali Khamenei, début juillet. Cette partie de la population est mieux organisée, plus politisée et très attachée à la république islamique sur le plan idéologique. Donc le régime tient.











