Officiellement bannies mais presque banales dans les îles les plus isolées, les antennes Starlink se multiplient en Polynésie française, malgré un gouvernement local qui redoute « une catastrophe économique et sociale » pour ses opérateurs télécoms locaux en cas de libéralisation non maîtrisée.
« Il y a trois ans, deux personnes ont pris l’antenne Starlink à Mangareva et depuis, ça s’est propagé comme une traînée de poudre: la connexion, c’est vraiment le jour et la nuit, et on en a besoin pour ne pas perdre des clients », raconte à l’AFP Bianca Teariki Urarii, propriétaire d’une pension de famille sur cette île de l’archipel polynésien des Gambier.
Les antennes y sont « tolérées », reconnaît-elle, puisque selon elle, « presque tout le monde en a aux Gambier ».
Si le kit de la société d’Elon Musk séduit autant, c’est que la géographie s’en mêle: les 118 îles de Polynésie française s’éparpillent sur une surface aussi grande que l’Europe.
Les câbles sous-marins qui relient la collectivité au reste du monde ne desservent que les îles les plus habitées. Pour les autres, l’accès à internet reste inexistant ou très limité, sauf à se connecter via satellite.
En droit pourtant, rien n’a changé: hormis quelques rares dérogations, notamment pour les médias, utiliser ces antennes demeure interdit en Polynésie.
Mais l’étau se desserre. Le tribunal administratif a donné raison à quatre particuliers qui contestaient l’interdiction d’importation des antennes. Cette jurisprudence incite d’autres Polynésiens à saisir la justice.
Le président de la collectivité, Moetai Brotherson, prône « l’arrivée encadrée, régulée » de Starlink ou d’opérateurs du même type dans les zones les moins bien desservies. Mais depuis la scission des indépendantistes en deux groupes, début avril, à l’assemblée locale, il n’a plus de majorité et ses textes ont été rejetés.
Or, sans compromis, la justice « risque fort de dire qu’il n’y a pas de raison légale d’interdire l’importation et l’utilisation de Starlink », estime le président polynésien.
A la clef, « ça signifiera la mort, dans un délai de trois ans, de tous nos opérateurs de téléphone », s’inquiète-t-il: « Pour les 3.000 personnes qui travaillent pour ces opérateurs (…), ce serait une catastrophe ».
– OneWeb plutôt que Starlink –
Quitte à autoriser un opérateur de satellites, le gouvernement local préfèrerait en outre faire confiance à l’européen Eutelstat, qui exploite la constellation d’accès à internet OneWeb.
« Starlink paie zéro taxe en Polynésie, emploie zéro Polynésien et a fait zéro investissement. A l’inverse, OneWeb a investi des dizaines de millions dans des infrastructures à terre et a des contrats de distribution avec nos opérateurs locaux », juge M. Brotherson.











