- Comme à chaque canicule, une solution qui divise réapparaît dans le débat : la généralisation de la climatisation.
- Une idée que Fabrice Bonnifet, le président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, bat en brèche dans ce nouvel édito.
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Le débat sur la clim dans les appartements en ville réapparaît avec la canicule en cours. Les partisans de cette technologie indiquent que grâce à notre électricité décarbonée, cela n’impactera pas l’environnement. C’est faux ! Un recours massif à la clim entraînera des pics de consommation à toute heure, avec comme conséquence une augmentation significative de l’empreinte carbone du kWh. Et ce sont les centrales thermiques à flamme très carbonées qui seront mises à contribution, comme en hiver, pour assurer l’équilibre du réseau.
En effet, l’intensité et la fréquence des canicules vont empirer dans les années à venir, le parc nucléaire va souffrir du manque d’eau dans les fleuves, et donc la production va être ralentie, voire arrêtée. L’énergie hydraulique sera également perturbée, car l’évaporation extrême des retenues d’eau limitera son utilisation. Le rejet de chaleur vers l’extérieur des climatiseurs contribuera à augmenter jusqu’à 2°C la température localement dans certains îlots urbains. Et ce alors que la production éolienne est très faible en période de canicule, et que la nuit, la production PV est nulle.
‘Pourquoi baisser nos émissions puisqu’on aura tous la clim ?’, vont rapidement conclure les partisans de ‘inaction
‘Pourquoi baisser nos émissions puisqu’on aura tous la clim ?’, vont rapidement conclure les partisans de ‘inaction
Fabrice Bonnifet
En outre, même si les nouveaux gaz réfrigérants (R 454B, HFO) sont plus vertueux que ceux utilisés par le passé, ils sont loin d’être neutres sur l’effet de serre. Avec une généralisation des nouveaux systèmes de climatisation, nous aurons une nouvelle illustration de l’effet rebond. L’intensité carbone des climatiseurs va baisser, mais l’augmentation du parc machine fera qu’en absolu, les émissions de GES vont continuer d’augmenter. Bilan pour le climat : catastrophique.
Sans compter que la compétition d’usage pour l’électricité « verte » va vite mettre au rupteur notre capacité de production globale, avec la folie des datacenters pour l’ IA et le développement indispensable des voitures électriques, à condition qu’elles soient légères ! Autre effet collatéral négatif, le recours à la clim va entraîner une dynamique collective négative de mal-adaptation. « Pourquoi baisser nos émissions puisqu’on aura tous la clim ? », vont rapidement conclure les partisans de l’inaction.
Au lieu d’appeler à la clim généralisée, nous ferions mieux d’aménager nos villes pour les verdir au maximum et promouvoir les PAC réversibles lorsque c’est possible. Nous devons les déminéraliser urgemment pour lutter contre les îlots de chaleur, peindre en blanc nos toits, créer des « éponges urbaines » pour absorber les pluies diluviennes et rafraîchir les quartiers par évapotranspiration, installer des ombrières, isoler les bâtiments et généraliser l’installation des filtres de protection solaire sur les fenêtres.
Bien entendu, nous devons recourir à la climatisation classique pour les crèches, les hôpitaux et les Ehpad, mais cessons de traiter les symptômes du drame du changement climatique, et attaquons-nous vraiment enfin aux causes primaires : baisser nos émissions de CO2 !











