Avec des températures sur le point de dépasser les 40 degrés, la France hexagonale traverse en cette fin du mois de juin son deuxième épisode de fortes chaleurs de l’année. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni ce samedi 20 juin une quinzaine de ministres au centre interministériel de crise pour coordonner l’action du gouvernement. Dans un contexte où l’adaptation au réchauffement climatique s’impose comme un sujet politique, un pays est souvent cité : l’Espagne.
Les vagues de chaleur se multiplient avec le changement climatique et ce graphique l’illustre parfaitement
Alors que la Fête de la musique va se dérouler sous des températures extrêmement élevées, plusieurs villes ont décidé d’annuler les festivités. Colère du candidat insoumis à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon qui a appelé les autorités à prendre les dispositions nécessaires et les spectateurs à « faire les Andalous » en sortant « plus tard » pour éviter les fortes chaleurs. « La Fête de la musique, si vous la décalez un peu, il y aura moins de soleil », a-t-il fait valoir.
Il n’est pas le seul à regarder le mode de vie espagnol. Le même jour, alors qu’il rappelait les obligations des employeurs en période de canicule, le ministre du Travail a jugé « intéressant de regarder ce qui se pratique culturellement et historiquement dans des pays où il fait très chaud » comme l’Espagne.
« Faire comme les Andalous »
« Si vraiment on est destiné à avoir des horaires andalous de manière structurelle, peut-être qu’à terme il faudra faire comme les Andalous », a estimé Jean-Pierre Farandou, évoquant un « sujet de société » aux implications professionnelles et sociales. L’Espagne est connue pour fonctionner avec des horaires tardifs, un rythme bien différent par rapport à la France et la majorité des autres pays d’Europe. En moyenne, la journée de travail commence à 9 heures, avec une pause déjeuner aux alentours de 14 heures – soit bien plus tard que la pause méridienne nationale par exemple. Et la reprise ne se fait qu’aux alentours de 16 heures.
Conséquence : les horaires les plus chauds de la journée correspondent à des temps de repos pour les travailleurs, qui sont mobilisés sous les températures plus clémentes du matin et du soir, les journées s’achevant rarement avant 19 heures. Le climat n’a cependant pas grand-chose à y voir. Selon Courrier International, l’origine de ces horaires décalés pourrait remonter à la dictature des années 1940, lorsque Franco décide d’aligner le rythme espagnol sur le fuseau horaire de l’Allemagne nazie. 80 ans plus tard, la mesure reste controversée, notamment pour ses effets néfastes sur la santé. Elle bénéficie néanmoins d’un regain d’intérêt à l’heure du réchauffement climatique. Mais d’autres dispositifs espagnols attirent l’attention des élus français.
Congés et refuges climatiques
Plus exposée aux évènements climatiques extrêmes et meurtriers, l’Espagne a lancé dès le début des années 2000 un plan d’action contre les températures excessives. Il est déclenché de façon automatique entre mai et septembre avec une durée variable selon les prévisions météorologiques. À la même époque, la France n’en était qu’à ses balbutiements. En 2016, l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique estimait ainsi dans un rapport que « le plan canicule lancé après l’été 2003 peut être considéré comme une première action d’adaptation. De même, le plan climat national 2004-2012 comprenait une petite partie sur l’adaptation ». Bien loin d’un mouvement d’ampleur.
En face, l’Espagne a donc une longueur d’avance. Chaque été depuis des décennies, les Espagnols pratiquent la « journée intensive » où les commerçants et entreprises sont actifs de 8 heures à 15 heures et cessent le travail quand les températures deviennent insupportables. Des villes comme Madrid ont aussi fait le choix de climatiser entièrement leurs métros quand d’autres ont mis en place des « refuges climatiques » sous la forme de bâtiments publics climatisés, approvisionnés en eau et accessibles à tous. En cet été 2026, une mise à jour des règles de l’hôtellerie-restauration prévoit également la fermeture des terrasses des bars, cafés et restaurants en cas de chaleur extrême et d’absence de point d’ombre. En 2024, après des inondations mortelles, le gouvernement a par ailleurs instauré un « congé climatique » qui permet aux salariés de bénéficier d’un jour de congé payé par l’État en cas d’alerte météorologique.
En pleine campagne présidentielle en France, l’idée a été reprise par la secrétaire nationale des Écologistes et candidate à l’Elysée Marine Tondelier. Elle n’a guère créé d’enthousiasme à ce stade, l’actuel ministre du Travail préférant défendre l’adaptation des horaires. Dans le domaine des loisirs, sa collègue de la Culture Catherine Pégard a indiqué ce samedi 20 juin que certains monuments historiques et musées envisageaient d’adapter leurs horaires de réduire la jauge de visiteurs pour éviter les files d’attente à l’extérieur. Un premier petit pas.
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