La soirée promet d’être majestueuse. Mercredi soir, Emmanuel Macron recevra Donald Trump pour un dîner de gala au château de Versailles censé en mettre plein la vue au président des États-Unis. Avant les agapes, une visite d’une exposition temporaire est prévue, suivie d’un passage par la Galerie des Glaces. Sous les dorures, le repas sera ponctué d’un spectacle des Grandes Eaux nocturnes et d’un feu d’artifice.
Après trois jours d’intenses discussions au G7 à Évian (Haute-Savoie), l’idée est officiellement de célébrer le 250ème anniversaire de l’indépendance étasunienne, Versailles étant un « haut lieu de l’amitié franco-américaine où fut signé en 1783 le traité consacrant l’indépendance des États-Unis », assure l’Élysée. Mais officieusement, l’objectif est surtout de renforcer les relations franco-étasuniennes, mises à mal par les coups de boutoir de Donald Trump.
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Lundi, il annonçait se préparer à « imposer une taxe de 100 % sur tous les champagnes et tous les vins en provenance de France » si Paris décidait de renforcer la taxation des entreprises étasuniennes. Une menace qui s’ajoute à la longue liste de celles déjà proférées, alors que Donald Trump disait de son homologue il y a un an : « Emmanuel se trompe toujours ».
Macron, ce « pragmatique »
Cette posture offensive tranche avec celle, beaucoup plus mesurée, adoptée par le président français. Au 13h de TF1 lundi, il a simplement affirmé ne pas être « rancunier », refusant de répliquer ou de rendre les coups. « Je suis pragmatique. C’est par la discussion ferme et respectueuse qu’on obtient des résultats », a déclaré le chef de l’État.
Pourtant, au-delà du dîner servi à Versailles mercredi soir, c’est l’attitude d’Emmanuel Macron vis-à-vis de Donald Trump qui est critiquée. Et notamment sa tendance à ne pas le brusquer. « La flatterie ne fonctionne pas », estime par exemple la présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée Mathilde Panot, pour qui le président étasunien a « insulté à de multiples reprises la France et l’Europe ».
Le patron du PCF Fabien Roussel considère, lui aussi, qu’Emmanuel Macron est « très naïf », et même « obséquieux dans cette affaire ». « Il lui déroule le tapis rouge alors qu’on se fait plumer », a-t-il déclaré au micro de Sud Radio ce mardi. À l’inverse, pour la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo, ce moment de « courtoisie » n’empêche nullement de faire preuve de « franchise et de clarté ».
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, Emmanuel Macron le ménage, désireux de ne pas se mettre à dos le patron de la première puissance mondiale, connu pour ses revirements et ses accès de colère. « Lors de son premier mandat, Emmanuel Macron avait su doser les choses, en créant une relation un peu personnelle avec son homologue, et c’était réussi. Là, il tombe dans une opération cirage de pompes », pointe le spécialiste des États-Unis Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, auprès du HuffPost.
« Donald Trump aime les hommes à poigne »
Selon lui, Emmanuel Macron « a raison d’être poli, élégant, respectueux » et même de chercher à être conciliant avec Donald Trump, car « il s’agit du président d’un pays allié qui doit être reçu avec les honneurs dus à son rang. » Mais « de là à préparer un G7 sculpté sur mesure où tout le monde est pétrifié de le voir partir avant la fin, c’est trop ».
Avec cette stratégie, le chef de l’État « n’obtiendra pas ce qu’il veut », tranche encore Romuald Sciora, car « Donald Trump aime les hommes à poigne ». En témoigne, par exemple, le dédain avec lequel le locataire de la Maison Blanche a parlé lundi de l’opération que la France et la Grande Bretagne essaient de mettre en place pour sécuriser la réouverture du détroit d’Ormuz. « Je ne pense pas que nous aurons besoin de beaucoup d’aide » a-t-il dit affirmé, devant le chef de l’État français, évoquant « un ou deux bateaux » utiles.
« L’erreur de Macron a été de vouloir séduire Trump, attaque également François Hollande en ce sens auprès de Mediapart. Vis-à-vis de Trump, il faut répondre vertement à ses insultes : “Et vous, vous êtes là pour combien de temps encore ? Déjà, dans huit mois avec les midterms, votre impopularité n’annonce-t-elle pas votre échec ?” » Romuald Sciora ajoute qu’aux États-Unis, « on se moque des honneurs réservés à Donald Trump, qui est en train de perdre sa guerre en Iran ».
Pour Emmanuel Macron, le risque est de brouiller son bilan sur la scène internationale, lui qui appelle l’Union européenne à se réveiller face au désengagement croissant des Étasuniens, martèle sa volonté de respecter les règles internationales… tout en accordant des égards sans pareils à Donald Trump. Un paradoxe encore manifeste début janvier, lorsqu’il a appelé les Vénézuéliens à « se réjouir » de l’arrestation de leur président Nicolas Maduro par les États-Unis, au mépris du droit international.
De son côté, le président américain ne boude pas son plaisir avant de dîner sous les dorures du Château. « Versailles, c’est pas du plaqué or, c’est du lourd », s’est-il félicité mardi, sur les rives du Lac Léman. L’occasion, pour lui, de goûter les vins qu’il menace toujours de surtaxer.
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