À fond la forme… mais pas pour tout le monde. Chez Decathlon, les employés font grise mine. En avril, l’enseigne spécialisée dans les articles sportifs a annoncé avoir dégagé un bénéfice net en hausse de 16 % en 2025. Une bonne nouvelle pour les actionnaires, pas tant pour les salariés aux gilets bleus, qui assurent ne pas voir la couleur de cette bonne santé économique.
« Des bénéfices qui s’accumulent… le pouvoir d’achat des salariés qui recule », peut-on lire dans un tract co-signé par la CFDT, la CFTC, la CGT, la CFE-CGC et l’Unsa, annonçant une mobilisation nationale ce samedi 6 juin.
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Si ce n’est pas la première manifestation chez la marque de sport préférée des Français (et même troisième enseigne préférée, tous secteurs confondus), le fait que les syndicats se regroupent en intersyndicale est inédit. C’est dire à quel point la situation est sérieuse dans les rayons.
Des « carrières au Smic » contre de sacrés dividendes
Alors que de nombreuses enseignes jettent l’éponge ces derniers mois, le groupe nordiste se porte à merveille, particulièrement depuis le Covid. Et même au milieu de ce tableau idyllique, les résultats d’avril 2026 ont de quoi faire date.
« On est à la mi-année et Decathlon est déjà très en avance sur ses objectifs annuels de chiffre d’affaires », commente Aurélie Flisar, secrétaire nationale à la fédération des services de la CFDT, interrogée par Le HuffPost. Un bénéfice net de 910 millions d’euros, a notamment été communiqué. De bon augure pour les actionnaires, qui vont recevoir de sacrés dividendes.
Mais de l’autre côté de l’entreprise, entre les tentes et la machine à corder, la redistribution est inexistante, selon les syndicats. « Entre un salarié qui débute au Smic dans l’entreprise et un autre qui a dix ans d’ancienneté, il n’y a que 100 euros de rémunération mensuelle de différence », assure notre interlocutrice, qui regrette ces « carrières au Smic ».
Une intersyndicale spécialement pour l’occasion
C’est d’autant plus risible que, au 1er juin 2026, le Smic a été automatiquement revalorisé au niveau national… Les employés Decathlon au salaire minimum ont donc vu leur paie augmenter d’environ 43 euros bruts. Ce qui n’est pas le cas des gilets bleus rémunérés légèrement en deçà du Smic. De quoi tendre les employés, qui demandent la réouverture des négociations sur les grilles de salaires.
Ce contexte a mis le feu aux poudres chez les syndicats qui, pour la première fois, ont donc décidé de mener la lutte ensemble. L’intersyndicale aurait été proposée par la CFDT, deuxième syndicat majoritaire après l’UNSA. « Les autres se sont greffés spontanément », juge la secrétaire nationale auprès du HuffPost.
Par le passé, des bénéfices nets importants entraînant des dividendes records ont déjà provoqué des mobilisations, notamment en décembre 2024. Mais l’intersyndicale ne s’était pas imposée. Pourquoi ? « D’habitude, la hausse du Smic est répercutée sur les autres plus bas salaires, ça n’a pas été le cas cette année », décrypte pour Le HuffPost Sébastien Chauvin, délégué syndical central pour la CFDT.
Des emplettes perturbées ce samedi ? Avant une reconduction à venir ?
Venons-en à ce qui peut vous concerner : cette mobilisation va-t-elle perturber vos emplettes du week-end ? « C’est sans précédent. On attend des milliers de grévistes samedi », assure Sébastien Chauvin. Des fermetures de magasins dans « une dizaine de points de vente » ne sont pas à exclure sur les 320 implantés en France. Cela pourrait concerner les villes de Paris, Lille et Marseille, où des rassemblements importants de salariés sont prévus.
Mais nuançons. Mettre le bazar n’est pas dans la culture d’entreprise. « L’objectif n’est pas de nuire au chiffre d’affaires de Decathlon, qui le ferait alors payer durement aux salariés », résume la secrétaire nationale à la fédération des services de la CFDT, qui se réjouit d’ailleurs de la bonne santé économique de son employeur.
Ainsi, la contestation devrait prendre surtout une forme non contraignante pour les clients de l’enseigne sportive : des salariés qui enlèveront leur gilet Decathlon sur leur temps de pause, des distributions de tracts pour sensibiliser la clientèle, un simple soutien sur les réseaux sociaux… Rien de nature à enrayer le bon fonctionnement des boutiques.
Ce ne sera peut-être pas le cas la semaine suivante. En effet, la mobilisation est « possiblement » reconductible. Lundi 8 juin, il est déjà prévu que le service logistique soit en grève. La date n’est pas choisie au hasard : le lundi est un jour capital pour assurer le réapprovisionnement des points de vente. Selon nos interlocuteurs syndicaux, Decathlon n’a pas encore réagi. « Ils attendent samedi soir ou lundi 8 juin pour le faire », prédit Sébastien Chauvin. Contacté, le groupe dirigé par la puissante famille Mulliez n’a pas encore répondu à nos sollicitations.
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