- Des défis routiers sont régulièrement lancés sur les réseaux sociaux, mais ils sont loin de faire rire les forces de l’ordre, tandis que le nombre de décès sur les routes progresse.
- Ces dernières semaines, un nouveau challenge dangereux est apparu : des centaines de conducteurs se filment en train de traverser un rond-point par son milieu.
- Les chauffards sont prêts à prendre tous les risques pour filmer leur tout-droit.
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Le 20H
Planté sur le bord du rond-point, le maire mène l’enquête. « Il y a les traces des voitures qui sont encore là, direction l’autoroute »
, constate Thomas Elexhauser, maire sans étiquette de Beuzeville, dans l’Eure, dans le reportage du 20H de TF1 en tête d’article. L’édile s’avance vers le terre-plein central, où les pneus ont tracé des lignes dans la pelouse verte. « Ils ont coupé le rond-point, ils sont montés et sont redescendus »
, décrit-il.
Ces traces sont d’autant plus faciles à suivre que les auteurs de ce tout-droit ont filmé leur exploit douteux (nouvelle fenêtre), et l’ont publié sur les réseaux sociaux. Sur la vidéo, tournée de nuit, le véhicule s’engage sur le rond-point et le traverse à toute vitesse, sur fond de la chanson « Bar Mitzvah », une chanson à succès du rappeur français Heuss l’Enfoiré. Le défi est apparu sur TikTok au cours du mois dernier, et sa popularité est telle qu’il s’est rapidement transformé en « tendance ».
Un défi qui met »en danger la circulation et les personnes »
Des centaines de vidéos tournées par des conducteurs traversant des ronds-points par le centre ont circulé, reprenant toujours la même musique. Des images capturées de jour comme de nuit, en voiture, en moto, en camion ou encore en tracteur… De quoi laisser le maire normand interloqué. « J’étais totalement effaré de découvrir qu’en plein milieu de la nuit, on s’amuse à abîmer des ronds-points et à mettre en danger la circulation et les personnes »
, s’irrite Thomas Elexhauser. « J’étais totalement surpris aussi de découvrir ce concept,
Bar Mitzvah, dont je n’avais jamais entendu parler. »
Dans sa commune, plusieurs habitants partagent sa stupéfaction. « C’est stupide, ils ne se rendent pas compte qu’ils mettent les gens en danger »
, alerte une automobiliste, qui constate que ces ronds-points (nouvelle fenêtre) sont « beaucoup empruntés par des enfants à vélo, qui rentrent chez eux »
. « On se demande où ils ont eu leur permis, parce que c’est n’importe quoi ! C’est déjà risquer leur vie, et ensuite risquer la vie des autres »
, s’indigne une autre, tandis qu’une troisième conductrice s’interroge : « Le problème des réseaux sociaux, c’est que ça fait faire n’importe quoi aux gens »
.
En dépit des critiques, ces vidéos ont rencontré un vrai succès sur TikTok. « Certaines ont cumulé plus de quatre millions de vues, deux millions… C’est beaucoup pour une vidéo très simple »
, constate Marie Guyomarc’h, analyste au sein de l’entreprise Visibrain, une plateforme de veille des réseaux sociaux. La tendance a même passé les frontières, selon l’experte, qui a repéré une « vraie internationalisation »
: « On a 20% (des contenus) en anglais, 10% en allemand »
et d’autres encore « en diverses langues »
.
Un utilisateur a lui aussi connu un succès record grâce à cette « trend », mais en la prenant à contre-courant : la police nationale. Dans une vidéo (nouvelle fenêtre) publiée début mai et visionnée plus de quatre millions de fois, un agent fait mine de s’avancer vers un rond-point, avec la même bande-son… Avant de finalement le contourner. « Vous pensiez sincèrement que j’allais prendre ce rond-point en plein milieu ? Pas du tout »
, lance-t-il face caméra, une fois à l’arrêt.
« Ne prends pas de risque inutile » : de « graves sanctions » prévues
« Il y a un code de la route, et il faut savoir le respecter. Le sens giratoire, c’est toujours par la droite, et on n’oublie surtout pas les clignotants »
, complète le policier. Avant de rappeler que « tous ceux qui s’amusent à jouer à ce petit jeu sur les réseaux sociaux s’exposent à
de graves sanctions
(nouvelle fenêtre)«
.
Parmi elles, des « contraventions pour l’usage
du téléphone au volant
(nouvelle fenêtre) »
et pour « la circulation en dehors de la chaussée »
, sanctionnées de 135 euros d’amende et trois points en moins. « Tu peux même t’exposer à une suspension de ton permis de conduire pour la mise en danger de la vie d’autrui »
, rappelle-t-il encore, juste avant de conclure : « Pour quelques secondes de buzz, ne prends pas de risque inutile »
.
Au-delà des infractions routières, les contrevenants se rendent aussi coupables d’un délit supplémentaire en publiant les images sur les réseaux sociaux. « La promotion, notamment par la diffusion en ligne de
ce type de comportement
(nouvelle fenêtre), c’est une infraction délictuelle, punie de peine d’emprisonnement, de suspension voire d’annulation de permis »
, insiste Me Rémy Josseaume, avocat et spécialiste du droit routier. « Vous n’êtes pas à l’abri de poursuites, vous n’êtes pas anonymisé, contrairement à ce que l’on peut penser. »
Les vidéos publiées servent même désormais bien souvent de point de départ et d’éléments de preuve aux forces de l’ordre. Au printemps 2025, la gendarmerie a ainsi interpellé deux motards, auteurs de grands excès de vitesse, sans jamais les flasher. L’exploitation de toutes les données des séquences mises en ligne a suffi à remonter leur trace. Tous deux ont été condamnés à six mois de prison avec sursis pour mise en danger de la vie d’autrui.











