Le Français Moïse Kouame, pour son premier Roland-Garros à seulement 17 ans, a remporté une bataille homérique de près de cinq heures contre le Paraguayen Adolfo Daniel Vallejo, 6-3, 7-5, 3-6, 2-6, 7-6 (10/8), pour se qualifier pour le 3e tour.
Sous la canicule, le Sarcellois, considéré comme le grand espoir du tennis tricolore, a signé en 4 heures et 56 minutes ce qui ressemble à son acte de naissance porte d’Auteuil, où il rêve de briller encore de longues années.
Soutenu par un court Suzanne-Lenglen qui a célébré chacun de ses points comme des buts, il a renversé à plusieurs reprises le cours d’un match qui semblait lui échapper, en puisant au fond de ses ressources mentales et physiques. Personne n’aurait parié sur une telle démonstration du 318e joueur mondial, encore cantonné il y a quelques mois à des tournois secondaires à Bressuire ou Thionville.
Invité pour la première fois dans le tableau final d’un tournoi du Grand Chelem, le voilà désormais à côtoyer des records de précocité établis par la légende Rafael Nadal, qui avait aussi 17 ans quand il a atteint le 3e tour de Wimbledon en 2003.
Vainqueur des deux premières manches, Kouame a perdu les deux sets suivants. Le sort du Français semblait scellé à 5-2 dans la cinquième pour Vallejo, lorsqu’il a retrouvé un deuxième souffle pour arracher le super tie-break.
– « Toujours croire » –
La tension entre deux novices en Grand Chelem a culminé durant cette manche décisive: le Français pensait avoir fait le plus dur en marquant les cinq premiers points, mais le Paraguayen a recollé puis mené 7-6. Toujours à haranguer le public, mais paraissant exténué, Kouame a eu le dernier mot pour s’imposer 10 à 8. Dingue!
Kouame, qui n’avait jamais disputé un match en cinq sets, a pensé fort à Carlos Alcaraz qui avait appelé à ne jamais abandonner après son titre l’an dernier à Roland-Garros, où il avait sauvé trois balles de match en finale contre Jannik Sinner.
« Il faut toujours croire en soi. Même si tu es à un point de perdre, même si tu es à un point de gagner, c’est très important d’avoir toujours confiance en soi et de ne jamais baisser les bras », a expliqué Kouame, rayonnant en conférence de presse.
Si quelqu’un lui avait qu’il allait battre un ancien vainqueur de l’US Open, Marin Cilic, au 1er tour, avant de s’imposer en cinq sets au tour suivant, « je ne sais pas si je l’aurais cru », a-t-il lancé.
Son jeu physique et spectaculaire, qui alimente les comparaisons avec Gaël Monfils, a enflammé le public en quête d’un chouchou français, en l’absence du N.1 tricolore Arthur Fils, blessé, et de Monfils, éliminé. Mais il pourrait avoir perdu beaucoup de gomme avant d’affronter samedi au 3e tour le Chilien Alejandro Tabilo (36e), un spécialiste de la terre battue qui a bénéficié du forfait du Monégasque Valentin Vacherot pour se qualifier sans jouer.
– « Premier pas » –
Pendant l’ultime manche, Kouame est resté assis au sol un long moment jusqu’à ce que l’arbitre lui apporte une serviette et l’aide à se relever. Il a encore cherché son souffle, accroupi à l’aide de sa raquette, en toute fin de match.
Le Sarcellois est allé au bout de ses limites le jour où Paris a été placé en vigilance orange canicule, pendant que le N.1 mondial Sinner, perturbé par la chaleur écrasante, s’écroulait en cinq sets au même moment.
Mais il en fallait plus pour l’empêcher de croire en sa bonne étoile.
Ses performances prometteuses depuis le début de l’année débutée à la 833e place, avec notamment une première victoire en Masters 1000 à Miami en mars, lui ont permis d’obtenir une invitation pour Roland-Garros, où il avait été éliminé dès le premier tour des qualifications l’an dernier.
Si Kouame assure ne pas prêter attention à son âge – il a fêté ses 17 ans le 6 mars – à la manière de Kylian Mbappé, il était encore difficile d’imaginer il y a quelques jours un tel parcours, à domicile où la pression du public peut parfois inhiber les Français.
« L’objectif, si je veux un jour gagner des Grands Chelems, c’est de le faire sept fois. Comme on dit, les plus grands voyages commencent par un premier pas. Là, c’est mon premier pas et j’espère qu’il y en aura d’autres des comme ça », a-t-il souri.
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