- Des internautes s’étonnent de constater que sur leur calendrier numérique, la date du 15 octobre 1582 succède directement à celle du 4 octobre, faisant disparaître dix jours entiers.
- En réalité, ces jours ne se sont pas évaporés mystérieusement : ils ont tout simplement été supprimés du calendrier, sur décision du pape de l’époque.
- On vous explique.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Dix jours évaporés… comme par magie. Dans un message publié sur la plateforme X (nouvelle fenêtre), ces derniers jours, un compte s’interroge, en espagnol : « Que s’est-il passé en octobre 1582 pour que la date passe directement du 4 au 15 ? »
. À l’appui, un aperçu d’un calendrier numérique, qui montre bien que le jeudi 4 octobre succède au vendredi 15 octobre cette année-là. « En 1582 on a sauté deux semaines et personne ne dit rien genre ???? »
, lâche un autre (nouvelle fenêtre), cette fois en français. Un bond dans le temps dont de nombreux autres internautes se sont déjà étonnés ces derniers mois. « Quelqu’un peut m’expliquer ça ? (…) S’agit-il d’un bug dans la matrice ? »
, se demandait un Tiktokeur français (nouvelle fenêtre) en novembre dernier, dans une vidéo vue plus de 3,2 millions de fois.
Une dizaine de jours s’est-elle vraiment écoulée en une seule nuit ? En réalité, le 4 octobre a bien succédé au 15 octobre en 1582, mais pour une raison très pragmatique : une réforme de calendrier (nouvelle fenêtre). Cette année-là, plusieurs pays européens basculent en effet du calendrier julien au calendrier grégorien, entraînant l’effacement pur et simple de dix jours.
Le calendrier de Jules César progressivement remis en cause
Le calendrier julien doit son nom à Jules César, qui l’instaure en 46 avant Jésus-Christ, sur la base des calculs de l’astronome Sosigène. L’année julienne est alors de 365,25 jours, mais un problème se pose : elle est un peu plus longue que l’année tropique, qui compte quant à elle 365,2422 jours, relate l’encyclopédie Universalis (nouvelle fenêtre). Cette dernière, aussi appelée année de saisons, correspond au temps qui « sépare deux équinoxes de printemps (ou d’automne), ces moments où les jours et les nuits durent douze heures partout sur la Terre »
, expliquait en 2024 dans les colonnes du Monde
(nouvelle fenêtre) le mathématicien Étienne Ghys, directeur de recherche émérite au CNRS et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.
À l’échelle d’une année, le calendrier julien n’est en décalage que de 11 minutes… mais au fil des siècles, l’écart se creuse. « L’erreur d’origine de Jules César était imperceptible sur une année mais elle avait donné un décalage de dix jours sur quinze siècles »
, relevait au micro de France Culture (nouvelle fenêtre) Jacques Gispert, enseignant retraité de l’université d’Aix-Marseille et membre de l’association Andromède à l’Observatoire de Marseille, dans un entretien de 2020.
Un problème épineux pour l’Église catholique : la date de Pâques est en effet fixée en fonction de l’équinoxe de printemps (nouvelle fenêtre). Sauf qu’au fil du temps, le moment où cet équinoxe survient dans le cycle solaire s’éloigne de plus en plus de la date attendue au niveau calendaire. Le calendrier julien prévoit ainsi qu’il survienne le 25 mars chaque année, mais en l’an 325, lors du concile de Nicée, les évêques découvrent que cet équinoxe a eu lieu cette année-là le 21 mars, relate un article de l’Association française d’astronomie (nouvelle fenêtre).
Dix jours « supprimés » sur décision du pape Grégoire XIII
Dans l’espoir de corriger les choses, ils décident donc d’arrêter la date de l’équinoxe de printemps (nouvelle fenêtre) au 21 mars. Mais les siècles passant, l’écart entre année tropique et année julienne continue de se creuser, et les calculs pour déterminer la date de Pâques se retrouvent toujours faussés. Des propositions de réforme voient alors le jour, mais elles ne sont jamais adoptées. Il faut attendre le XVIᵉ siècle pour que les lignes bougent enfin.
Le décalage s’accentue tellement qu’en 1582, l’équinoxe de printemps intervient le 11 mars, soit dix jours avant la date fixée par le concile de Nicée. Au lieu de décaler à nouveau cette date, le pape de l’époque, Grégoire XIII, adopte alors une solution bien plus radicale : supprimer d’un coup cet intervalle de dix jours.
C’est chose faite lors de la signature de la bulle papale Inter Gravissimas, le 24 février 1582, un décret solennel qui ordonne que « dix jours, du troisième jour des Nones (qui correspond au 5 octobre, ndlr) au jour précédant les Ides (14 octobre) inclus, soient supprimés »
. D’après nos recherches, ce texte ne figure pas dans les archives mises en ligne par le Vatican, mais il est cité par plusieurs études (nouvelle fenêtre) à son sujet. Le choix du mois d’octobre pour rayer ces dix jours n’a rien d’anodin : il permet de ne manquer aucune fête chrétienne majeure, explique l’Encyclopædia Britannica (nouvelle fenêtre).
En France, un saut du 9 au 20 décembre 1582
Le problème n’est pas totalement réglé pour autant. Pour éviter qu’un décalage avec l’année tropique ne revienne, le pape décide alors de supprimer certaines années bissextiles (nouvelle fenêtre) : les années séculaires ne le seront plus, à moins qu’elles soient divisibles par 400, comme l’année 2000 par exemple. Le calendrier grégorien est né, et il se cale enfin presque totalement à l’année tropique, avec 365, 2425 jours par an en moyenne, selon l’Observatoire de Paris (nouvelle fenêtre). Désormais, il ne comporte « trois jours de trop »
qu’au bout de 10.000 ans, relève l’Association française d’astronomie.
Les pays catholiques adoptent rapidement ce nouveau calendrier. L’Italie, l’Espagne et le Portugal suppriment bien dix jours du 4 au 15 octobre, relate un article de revue belge (nouvelle fenêtre). Mais le roi français Henri III attend quant à lui la fin de l’année : notre pays passe de son côté du 9 au 20 décembre directement. Après une incursion par le calendrier révolutionnaire, la France revient au calendrier grégorien en 1806, selon le site gouvernemental France Archives (nouvelle fenêtre).
Opposés à la papauté, les pays protestants ne l’adoptent de leur côté qu’à compter du XVIIIᵉ siècle, et la Russie ne franchit le pas qu’au début du XXᵉ siècle. Aujourd’hui, ce calendrier fait référence pour la grande majorité des pays à travers le monde, à quelques exceptions près.
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