- Le médecin Martin Blachier accuse les dermatologues de susciter l’état de pénurie de la profession, créant des « files d’attente » et donc des tarifs plus onéreux.
- Cependant, les syndicats et fédérations ne participent pas au choix du nombre d’internes fixé chaque année.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Les dermatologues ont été mis en cause cette semaine pour leur rôle présumé dans la pénurie qui touche la spécialité depuis plusieurs années. Au micro d’Europe 1, mardi 19 mai, le médecin de santé publique Martin Blachier s’est exprimé sur la crise traversée par la dermatologie, avançant notamment que : « Vous avez un certain nombre de places pour que les jeunes puissent faire dermato et chaque année il y en a très peu (d’ouvertes). Ce sont des choses décidées par les dermatologues, qui n’ont pas forcément envie qu’il y ait beaucoup plus de dermatologues qui soient formés, donc ça crée des files d’attente. »
À la question : « Les dermatos organisent leur propre pénurie de dermatologues ? »,
le consultant a confirmé : « Il y a eu ce mécanisme effectivement, à un moment. »
Dans cet extrait (nouvelle fenêtre), il suggère que les dermatologues ont délibérément choisi de ne pas ouvrir plus de places dans leur branche pour que la demande reste forte et les prix hauts. Mais ce qu’affirme Martin Blachier est faux. La profession est réglementée : pendant longtemps, les études de santé ont été soumises à un numerus clausus
.
Ce dispositif, désormais abrogé, limitait le nombre d’étudiants de première année de médecine autorisés à passer en deuxième année. En revanche, les instances professionnelles ne prenaient pas part au numerus clausus
, ni au nombre de postes finalement ouverts par spécialité, à la fin de la sixième année de médecine.
Les syndicats pas partie prenante
TF1info a interrogé le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV), qui regroupe plus de 1.700 dermatologues libéraux et hospitaliers. L’organisation indique que « le numerus clausus – contre lequel le SNDV s’est battu durant de longues années et qui est aujourd’hui remplacé par d’autres modalités de régulation – était fixé par les pouvoirs publics, en lien avec les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur, et non par les syndicats de dermatologues ou la profession elle-même ».
Si le numerus clausus
a depuis été supprimé, tout comme le numerus apertus
qui lui a succédé, un mécanisme d’encadrement de la profession subsiste. Ce qui signifie qu’un nombre d’étudiants est encore déterminé tous les ans, par spécialité médicale. Un arrêté du 30 juillet 2025 (nouvelle fenêtre) fixait à 102 « étudiants de troisième cycle des études de médecine susceptibles d’être affectés »
à la spécialité dermatologie.
Des solutions face au manque de dermatologuesSource : JT 20h Semaine
Sollicitée à son tour, la Société française de dermatologie (SFD) confirme que « ce n’est pas la profession qui fixe le nombre de places d’internes ».
La manière dont ce quota est établi nous est détaillée par le SNDV : « Le nombre de postes ouverts dans chaque spécialité à l’issue des ECN (les épreuves classantes nationales, NDLR) relevait d’une décision de l’État, après concertation avec différents acteurs institutionnels et universitaires. Les organisations professionnelles pouvaient éventuellement être consultées ou faire connaître leur position, comme de nombreux acteurs du système de santé, mais elles ne décidaient pas du nombre de places ouvertes. »
Contacté pour obtenir des détails sur ce processus, le ministère de l’Enseignement supérieur n’est pas revenu vers nous dans l’immédiat.
Moins de 3.000 dermatologues en activité
À ce jour, moins de 3.000 dermatologues sont encore en activité en France, soit quelque 1.000 professionnels de moins en dix ans, selon l’alerte de la SFD (nouvelle fenêtre) en 2025. Et cette pénurie est régulièrement dénoncée par les instances professionnelles. Par exemple, la SFS a exprimé « sa grande déception et son mécontentement »
après l’arrêté de 2025, elle qui préconisait (nouvelle fenêtre) l’ouverture de 130 postes d’internes en dermatologie.
Selon l’organisation, qui a tenu à répondre à Martin Blachier par voie de communiqué (nouvelle fenêtre), « les dermatologues subissent aujourd’hui de plein fouet les conséquences d’une démographie médicale insuffisante, documentée depuis des années »
et « ne créent pas les files d’attente : ils tentent chaque jour, avec leurs propres moyens certes insuffisants, d’éviter que ces délais ne deviennent des pertes de chance pour les patients ».
Auprès de TF1info, le SNDV ajoute quant à lui avoir « alerté de longue date sur les conséquences de la baisse du nombre de dermatologues formés et sur les difficultés d’accès aux soins qui en découlent aujourd’hui ».
Plusieurs éléments sont avancés pour comprendre la situation de pénurie rencontrée aujourd’hui, et en particulier le vieillissement de la population avec « les départs en retraite de nombreux dermatologues (qui) ne seront pas tous compensés par l’arrivée de nouveaux spécialistes »
, éclaire (nouvelle fenêtre) la Fédération de la peau.
Par ailleurs, cette crise de la demande est aggravée par l’essor des soins esthétiques (nouvelle fenêtre) que les dermatologues proposent désormais dans leur catalogue. Sur ce point, la SFD tient à souligner que « l’activité d’esthétique représente moins de 10% de l’activité des dermatologues pour 64% d’entre eux »
. Elle reconnait que « la dermatologie esthétique s’intègre toutefois dans un besoin inhérent à la spécialité, car nombre de maladies dermatologiques sont affichantes, source de souffrance psychologique et impactent fortement la qualité de vie des patients ».
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