La fondatrice de la librairie parisienne Shakespeare and Company avait des airs de visionnaire. Dixit le magazine américain Forbes. Ce dernier affirme que “ce que Sylvia Beach avait compris en 1919 paraît étonnamment moderne en 2026”. Juste après la Première Guerre mondiale, lorsqu’elle ouvre cet espace consacré à la littérature anglophone, elle ne crée pas simplement une librairie mais “une bibliothèque qui prête des livres et qui fait office de lieu de rencontre, un espace physique où la culture peut être partagée, débattue et rapportée chez soi”.
Un endroit qui s’impose comme une “infrastructure culturelle” imprégnée d’“influence intellectuelle” et d’“énergie sociale”, et qui attire des auteurs tels qu’Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald ou encore Ezra Pound. L’actuel Shakespeare and Company, ouvert en 1951, se présente comme “l’héritier spirituel” de celui de Sylvia Beach – fermé en 1941 lors de l’occupation allemande, poursuit le média d’outre-Atlantique.
Densité et désordre
Selon la journaliste de Forbes Kate Hardcastle, la société opère actuellement un retour vers les “valeurs” que portait Sylvia Beach : la librairie comme lieu de rencontre, le livre comme objet. Ce qui explique en partie pourquoi, à l’heure du numérique, “les librairies physiques ont regagné une force symbolique”.
Les livres sont devenus “des objets de goût, des marqueurs identitaires et des symboles sociaux”, explique la journaliste, qui précise que sa “fille de 16 ans s’installe fièrement dans une pièce qui rend hommage à sa collection de livres du sol au plafond”.
Alors que la culture est façonnée par les systèmes de recommandation et les flux algorithmiques répétitifs, Shakespeare and Company offre “des étagères à explorer, des salles à parcourir, des livres à manipuler et des découvertes qui sont le fruit du hasard”, poursuit-elle. La librairie “privilégie la densité” et le “désordre”. Ce qui, ailleurs, serait perçu comme des faiblesses fait partie intégrante de sa valeur.
Et même si certains se souviennent avec regret “d’une époque moins commerciale” où les files d’attente ne s’étendaient pas jusqu’à la rue, “dans un monde si obsédé par les écrans, ne devrions-nous pas nous réjouir de constater un tel engouement pour la visite d’une librairie ?” s’interroge Forbes.
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