A quatre mois de la fin de son mandat, l’ambitieux programme de transition énergétique du président colombien Gustavo Petro peine à donner sa pleine mesure, pointent des experts, même si de nombreuses familles ont pu réduire drastiquement leur facture énergétique grâce au solaire.
Hernan Sarmiento, 64 ans, dit avoir été à deux doigts de fermer son épicerie à Santa Marta (nord) en raison du coût élevé de l’électricité dans les Caraïbes colombiennes, notamment en raison du besoin de climatisation.
« Soulagé » grâce aux panneaux – subventionnés à 60% par l’Etat – qui alimentent sa boutique et l’atelier de couture de son épouse, sa facture moyenne est passée de 650 à 200 dollars mensuels, dit-il à l’AFP, affirmant avoir ainsi pu baisser les prix sur certains produits, comme les légumes ou les boissons.
A Cali (sud-ouest), la troisième ville du pays, des centaines de panneaux se détachent au-dessus des toits de petites maisons en briques dans un quartier où vivent principalement des familles déplacées par le conflit armé. Ici, 2.000 foyers pauvres bénéficient de l’énergie solaire.
Andrea Mina, 32 ans, y coordonne une cantine communautaire qui offre des repas à petit prix à plus d’une centaine de personnes par jour. L’économie réalisée grâce au solaire lui a permis d’augmenter le nombre de tables, se réjouit-elle.
– 2 milliards de dollars –
A son arrivée au pouvoir en 2022, Gustavo Petro s’est dit déterminé à réduire la dépendance aux combustibles fossiles du pays pourtant doté de vastes réserves de pétrole et de charbon.
Le président de gauche a annoncé l’arrêt de l’exploration de nouveaux gisements pétroliers et gaziers mais s’est heurté à la réalité: les combustibles fossiles restent cruciaux pour l’économie du pays, le pétrole et le gaz représentant 2,4% du PIB et 30% des exportations.
Son gouvernement a toutefois lancé des programmes d’énergies renouvelables comme « Colombia Solar », doté d’un budget conséquent de 2 milliards de dollars jusqu’en 2030, qui vise à installer des parcs solaires ou des panneaux sur les toits des habitations. La zone Caraïbes, ensoleillée toute l’année, étant prioritaire.
Mais si le gouvernement vise un million de bénéficiaires pour ce programme (sur 50 millions d’habitants), l’objectif est encore loin d’être atteint.
« Ce sont de nouveaux programmes, ils sont disruptifs », se défend le ministre des Mines et de l’Energie, Edwin Palma, dans un entretien avec l’AFP.
Il parie sur la multiplication des « communautés énergétiques » interconnectées pour résoudre le « dilemme entre payer la facture ou manger », auquel de nombreuses familles colombiennes sont confrontées.
– « Gradualité » –
Les experts reconnaissent des avancées. La part du solaire et de l’éolien a bondi dans le mix électrique du pays, passant de 2% en 2022 à 17% en 2026 (contre 56% pour l’hydroélectrique) selon les chiffres du gouvernement. Le solaire est pour la première fois passé devant le charbon en 2025.
Mais les spécialistes relativisent l’impact de la stratégie de M. Petro.
Oscar Vanegas, professeur d’économie à l’Université industrielle de Santander, estime que les communautés solaires relèvent « davantage de la rhétorique que d’une transformation structurelle ». « Il y a eu des progrès », concède-t-il, mais ils ne signifient pas « une véritable transition énergétique ».
D’autres programmes, comme l’installation d’éoliennes, sont par ailleurs paralysés en raison de conflits au sein de certaines communautés indigènes.
Se passer des énergies fossiles « prendra plusieurs décennies », estime le spécialiste de la planification énergétique Ismael Suescun, tout en reconnaissant que M. Petro a posé les bases d’un cadre réglementaire pour les énergies propres.
« Bien sûr que nous restons dépendants (…) de l’énergie fossile », reconnaît le ministre Palma, tout en relevant que la production solaire a doublé sous M. Petro.
« Il ne s’agit pas seulement de cesser d’explorer et d’exploiter les hydrocarbures », explique M. Suescun, mais « d’être conscients de la gradualité » qu’exige la transition énergétique dans un pays au déficit budgétaire élevé et dont les recettes restent dépendantes des hydrocarbures.
Gustavo Petro organise à partir de vendredi à Santa Marta la première conférence internationale sur la fin des combustibles fossiles, avec la participation d’une cinquantaine de pays.
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