Par Christina Okello et Michael Sarpong
« Pourquoi était-ce une priorité lorsqu’il était dans l’opposition, et plus maintenant au pouvoir ? », interroge Raphaël Ahenu Junior, fondateur de la Global media foundation. Le président du Ghana, John Mahama « a surfé sur cette loi pendant la campagne, en promettant de la promulguer. Aujourd’hui, il fait l’inverse. Il a trompé l’opinion publique », affirme-t-il à RFI.
Fin mars, John Mahama a déclaré que le Ghana devait se concentrer sur des besoins essentiels — éducation, santé, emploi — plutôt que sur ce projet de loi, relançant ainsi un débat national particulièrement clivant.
Des promesses de campagne contestées
Pour ses détracteurs, la question n’est pas seulement politique, elle est aussi culturelle. « On ne peut pas tout accepter au nom des droits humains », estime Raphael Ahenu. « Dans le monde occidental, il y a des pratiques africaines que nous ne pouvons pas imposer, comme la polygamie. Ils n’en veulent pas. De la même manière, nous ne voulons pas de l’homosexualité. Ce n’est pas notre culture ».
Ce texte, considéré comme l’un des plus restrictifs du continent, vise à criminaliser les relations entre personnes de même sexe, ainsi que toute forme de soutien à ces communautés.
Les institutions religieuses se sont également invitées dans le débat. La Conférence des évêques catholiques du Ghana a exprimé des préoccupations similaires, estimant que les priorités économiques ne doivent pas se faire au détriment des valeurs morales et sociales.
Dans un communiqué publié le 10 avril, les évêques soulignent qu’une famille stable reste le socle d’une société prospère.
Des priorités divergentes
D’autres, en revanche, soutiennent la position du président. « Les personnes LGBT ne sont pas un problème. Elles ne représentent pas une menace pour la sécurité », affirme Ebenezer Piga, directeur exécutif de Rightify Ghana. « S’attaquer aux droits des LGBT à travers cette loi n’apporte aucune solution. Le président n’a rien dit de faux ».
Il insiste également sur les difficultés concrètes auxquelles la population est confrontée. « Il y a l’exploitation minière illégale qui détruit les forêts et les ressources en eau. Il y a l’état des routes. Des patients vont à l’hôpital sans trouver de lit ». « Tout cela est bien plus important que l’adoption de cette loi ».
Pour les analystes, cette question place le président dans une position délicate. L’un d’entre eux, Kobi Annan, rappelle que John Mahama avait indiqué qu’il signerait la loi si elle était adoptée par le Parlement. « Le principal risque, c’est d’être accusé de faire volte-face », explique-t-il. « Il avait laissé entendre qu’il signerait le texte s’il était adopté ».
Le débat intervient également à l’approche d’un sommet panafricain sur les « valeurs de la famille », prévu le mois prochain à Accra, qui pourrait encore amplifier les tensions.
Un avenir législatif incertain
L’avenir du texte reste incertain. Bien qu’il ait été adopté par le précédent Parlement, il n’avait jamais été promulgué sous la présidence de Nana Akufo-Addo. Avec une nouvelle législature en place, la procédure doit reprendre depuis le début. Le projet de loi devra être réintroduit, débattu, puis adopté avant toute éventuelle promulgation.
Cependant, selon Kobi Annan, le contexte international pourrait jouer en faveur du président. « Dans le contexte géopolitique actuel, il existe des priorités bien plus urgentes pour le Parlement, comme stabiliser les exportations de pétrole et protéger l’économie face aux chocs extérieurs ».
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