Le départ forcé de Laurence des Cars, mardi 24 février, de la direction du Musée du Louvre, vient clore un chapelet de sobriquets qui la définissent depuis le vol de bijoux. Elle serait de silex, arrogante, méprisante, hautaine, clivante, autocrate, déconnectée, bunkerisée, dédaigneuse, clanique, cassante. Et puis incapable de dire bonjour, de regarder les gens en face et d’écouter le personnel, se réfugiant derrière des présentations de PowerPoint pour éviter les questions lors des réunions, plus prompte à tourner les talons qu’à engager la conversation, au sourire aussi fréquent que le soleil en Ecosse.
Tout cela fleure le déjà-vu. Il y a près de douze ans, nous avons publié un article dont le titre ne faisait pas dans la nuance : « Les patrons de musée sont devenus fous ». Sans point d’interrogation. On y avançait que les responsables du Louvre (Jean-Luc Martinez, prédécesseur de Laurence des Cars), du Centre Pompidou (Alain Seban), du Musée Picasso (Anne Baldassari) et du Musée d’Orsay (Guy Cogeval), autrement dit la crème de la crème, étaient accusés d’autoritarisme.
Les syndicats et moult témoignages soulignaient les brutalités verbales, maltraitances, humiliations publiques, collaborateurs saqués, volontés de tout régenter. Ajoutons un patron de musée demandant à sa secrétaire de promener son chien, un autre disant à son chauffeur de lui rapporter son sac de sport quand un troisième humiliait quiconque osait s’asseoir autour d’une table de réunion là où il ne fallait pas – le siège du roi.
Injonctions contradictoires
Laurence des Cars, elle, dont la réputation rugueuse est ancienne, n’est pas une tortionnaire. Juste maladroite et d’un abord réfrigérant. Elle avait sans doute ses raisons, récemment, de renvoyer la cheffe du département des sculptures du Louvre, mais franchement, le faire alors que cette dame était à deux ans de la retraite et, surtout, au moment où le musée doit faire face à un vol de bijoux, des fuites d’eau, une arnaque à la billetterie à 10 millions d’euros ou une grève perlée du personnel depuis deux mois, ça fait caprice. Plus largement, ayant eu depuis quatre mois des mots de peu de doute quant à la sécurité de son musée, Laurence des Cars a vu sa notoriété largement déborder le monde feutré de l’art, se voyant propulsée en symbole des élites culturelles déconnectées, que le Rassemblement national pourfend avec joie.
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