À une semaine du verdict, le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty a connu un incident d’audience vendredi 20 février. Au cœur de la controverse: un témoignage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, à l’époque fraîchement nommé coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, qui a été lu pendant le procès et a été salué par la défense du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui.
La veille de l’audience, jeudi 19 février, une audition de Laurent Nuñez a été réalisée par le premier président de la cour d’appel. Un témoignage écrit, donc, qui a été lu le lendemain.
Dans ce texte, une avocate des parties civiles lui demande si « dans le contexte de menace élevée de septembre-octobre 2020, le fait de désigner publiquement et nominativement une personne comme ayant porté atteinte au prophète ou à l’islam pouvait-il objectivement l’exposer à un danger grave pour sa sécurité? », une question ciblant le sort d’Abdelhakim Sefrioui, rejugé pour avoir été avec un père d’élève l’artisan de la campagne de haine qui avait précédé l’assassinat du professeur le 16 octobre 2020.
Et Laurent Nuñez y a apporté une surprenante réponse: « non, cela ne l’expose pas nécessairement à un danger grave pour sa sécurité. »
En clair, du pain béni pour la défense d’Abdelhakim Sefrioui, qui ne cesse de clâmer qu’il ne peut être responsable de la mort de Samuel Paty en ayant fait une vidéo qui n’a même pas à l’époque entraîné une judiciarisation et rejette l’association de malfaiteurs terroriste pour laquelle il a été condamné en première instance.
Des précisions apportées mais un manque de formalité
Voyant la polémique monter, le ministre de l’Intérieur s’est fendu d’un mail ce dimanche 22 février depuis sa boîte personnelle à la présidente de la cour d’assises d’appel spéciale de Paris pour préciser son propos.
Il n’y a « aucun doute dans mon esprit, comme je l’ai toujours déclaré publiquement (…): la désignation de Samuel Paty dans la polémique initiée par les accusés a conduit de manière irréfutable le terroriste à le choisir comme cible de son projet d’attentat. Tout ceci atteste à mes yeux de manière certaine du lien de causalité entre les publications des deux accusés et la mort violente de Samuel Paty ».
En bref, Laurent Nuñez estime bel et bien que les paroles du prédicateur Abdelhakim Sefrioui ont conduit à la mort de Samuel Paty mais défend son institution et la non-ouverture d’une enquête ou de poursuites judiciaires autour de la vidéo du militant islamiste.
Néanmoins, les écrits Laurent Nuñez depuis son adresse mail personnelle n’ont pas manqué de faire tiquer à l’audience. Me Vincent Brengarth, un des avocats d’Abdelhakim Sefrioui, s’est dit dans des propos relayés par l’AFP « abasourdi » par cette démarche entreprise par un membre du gouvernement à destination d’une magistrate, tandis que la défense unanime a dénoncé une « atteinte à la séparation des pouvoirs ».
Ainsi, pour que le Premier ministre puisse préciser dans le respect des formalités du code de procédure pénale, la cour confirme à BFMTV avoir demandé à ce que Laurent Nuñez soit réentendu sur ce point.
Selon l’arrêt de la présidente de la cour d’assises spéciales, les mêmes questions lui seront posées par un haut magistrat afin qu’elles soient lues à la cour avant mercredi 10h30.
Un verdict attendu samedi
En première instance, Abdelhakim Sefrioui avait été condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, la peine maximale: quand bien même ils ne connaissaient pas l’assassin, un jihadiste tchétchène, le militant islamiste et Brahim Chnina avaient délivré une « véritable fatwa numérique » et « préparé les conditions » du crime « en livrant l’identité » de l’enseignant sur les réseaux sociaux.
La première cour d’assises avait établi un lien « causal » entre la cabale en ligne et l’assassinat commis par Abdoullakh Anzorov.
Le verdict de ce second procès doit être rendu ce samedi. Outre le parent d’élève Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, deux proches de l’assassin sont également rejugés pour complicité d’assassinat.
Article original publié sur BFMTV.com











