À Lyon, la paix des braves n’aura que peu duré. Certes, certains candidats aux municipales ont mis leur campagne en pause dimanche 15 février, en réaction au décès du jeune nationaliste Quentin Deranque, roué de coups dans la ville lors d’un affrontement avec des militants d’ultragauche.
Pour autant, à moins d’un mois du scrutin, prévu les 15 et 22 mars prochains, la politique rhodanienne a très rapidement repris ses droits. Avec pour toile de fond, cet événement aux répercussions nationales.
« Il y a un sujet de maillage en vidéoprotection »
Le mardi 17 février, Jean-Michel Aulas est invité de France Inter. Grand favori des sondages, au détriment du maire sortant écologiste Grégory Doucet, devenu challenger malgré lui, il emmène son rival sur le terrain de la sécurité.
L’ex-boss de l’Olympique lyonnais se défend de vouloir créer la « polémique » autour d’un « drame terrible », mais, « dit simplement qu’il faudrait qu’il y ait, dans le contexte, un nombre de caméras supplémentaires. »
Ou comment reprendre un argument déployé régulièrement par la droite depuis la prise de pouvoir des Verts dans la capitale des Gaules, en 2020. Joint le même jour par BFM, Pierre Oliver, allié avec Jean-Michel Aulas, abonde en son sens:
« À ce stade, ce que l’on voit, c’est que dans la rue [où ont eu lieu les faits] il n’y avait pas de caméras installées (ce que nous confirme une source proche du dossier, NDLR). Les seuls témoignages ou vidéos que l’on peut avoir, ce sont les riverains qui les fournissent. Donc, c’est sûr que de ce point de vue là, il y a un sujet de maillage en vidéoprotection », avance le maire LR du 2e arrondissement lyonnais.
En face, Les Écologistes se défendent de ne pas être suffisamment allants en la matière. La sécurité est « l’un des trois piliers de notre programme » pour les élections, rappelle auprès de BFM le chef de file de la majorité municipale, Gautier Chapuis, ajoutant:
« Il n’y a pas de soucis pour en parler. La question, c’est de l’aborder de manière pragmatique et pas dogmatique, contrairement à ce que fait Jean-Michel Aulas à promettre toujours plus de vidéo, de caméras et ne pas savoir vraiment de quoi il parle puisqu’il se trompe sur les chiffres. »
Une référence à l’interview sur France Inter. « JMA » s’est emmêlé les pinceaux sur le nombre de caméras à Lyon, entre autres approximations, notamment sur le prix de l’abonnement des transports.
Quid d’une alliance avec LFI pour les Ecologistes?
Des mois que la gauche parie sur un débat de fond pour refaire son retard face à cet adversaire « approximatif », dont les propositions sont jugées « irréalistes ».
« Depuis qu’il commence à décliner son programme, on voit bien que les Lyonnais et les Lyonnaises se questionnent et sont de plus en plus dubitatifs sur le sérieux de sa candidature », veut croire la députée socialiste Sandrine Runel, qui soutient Grégory Doucet.
Pour autant, un croisement des courbes est encore (très) loin. Le sondage Elabe/Berger-Levrault pour BFMTV-BFM Lyon/Le Figaro, publié ce lundi 23 février, donne Jean-Michel Aulas à 43% des intentions de vote au premier tour. Soit plus de 10 points devant le maire sortant (29%).
Certes, l’écart est moindre que dans plusieurs études publiées plus tôt dans la campagne, mais cette avance reste très importante.
Souhaitant garder les Verts dans le rétroviseur, Jean-Michel Aulas ne se contente pas de parler de sécurité. Il est aussi question de la Jeune Garde depuis la mort de Quentin Deranque. Parmi les sept personnes mises en examen jeudi dans l’enquête sur la mort du nationaliste, plusieurs sont membres ou proches de cette organisation antifasciste, dissoute en 2025.
De quoi donner du grain à moudre aux opposants de la majorité municipale, qui exhument sur les réseaux sociaux des photos et des vidéos associant la Jeune Garde et Les Écologistes. « Ils ont organisé des manifestations ensemble », pointe le LR Pierre Oliver, parlant d’un « lien très fort ».
Les clichés pris lors de rassemblements, « on peut leur faire dire tout et n’importe quoi », rétorque Gautier Chapuis. Le même précise:
« Pour être tout à fait transparent, il y a eu des échanges en 2021 avec un groupe d’associations, notamment pour lutter contre les groupuscules d’extrême droite qui sont très présents à Lyon. Il y avait effectivement la Jeune Garde lors de ces échanges, mais c’était bien avant la radicalisation et l’appel à la violence qu’il peut y avoir. »
Plus que Les Écologistes, ce sont surtout les insoumis qui sont associés à ce groupuscule, se retrouvant accusés par la droite, son extrême, le gouvernement et même une partie de la gauche de porter une « responsabilité morale » dans les événements actuels.
Un nom ressort: celui de Raphaël Arnault, député insoumis et co-fondateur de la Jeune Garde. Son assistant parlementaire, Jacques-Elie Favrot fait partie des mis en examen. Il l’est pour « complicité », tandis que les six autres individus sont suspectés d’ »homicide volontaire ».
Passe d’armes sur l’affichage du portrait de Quentin
Jean-Michel Aulas s’engouffre dans la brèche pour essayer de prévenir tout rapprochement chez ses adversaires. Quid d’une alliance avec LFI lors de l’entre-deux-tours? demande-t-il avec force aux Écologistes, allié pour l’instant avec le reste de la gauche lyonnaise.
« Grégory Doucet dit qu’il attendra la fin du premier tour pour prendre position et personnellement je ne suis pas d’accord. Je crois qu’il faut très clairement rejeter les extrêmes », lâche–t-il dès mardi sur France Inter.
Invité d’Europe 1 deux jours plus tôt, le principal intéressé était resté sur la ligne prônée depuis le début de la campagne, en refusant effectivement de fermer la porte à une alliance au second tour. « Aujourd’hui, ce n’est pas le sujet. Et puis, ensuite, on va regarder le résultat des élections. On verra aussi ce que les Lyonnaises et les Lyonnais nous envoient comme message au soir du premier tour », arguait-il.
Forcément, une non-qualification de la candidate insoumise, la députée Anaïs Belouassa-Cherifi ferait les affaires des Écologistes: la pression pour une fusion des listes serait bien moins forte. Pour l’instant, cette dernière est annoncée proche des 10%, le seuil permettant de se hisser au second tour.
En attendant le verdict des urnes, Jean-Michel Aulas continue de pilonner l’hypothèse d’un rapprochement entre LFI et Les Écologistes. « D’un côté, ceux qui rompent clairement avec les extrêmes, de l’autre ceux qui n’excluent aucune alliance électorale pour remporter quelques sièges. D’un côté, la République – de l’autre le chaos », fustige-t-il jeudi 19 février dans une tribune pour Actu Lyon.
Dans ce texte, l’homme d’affaires appelle le « maire de Lyon à afficher le portrait de Quentin sur l’hôtel de ville » pour marquer un « refus implacable de la violence et de la haine ».
« De l’indécence », lui rétorque Grégory Doucet le soir même sur BFMTV. « Mettre le portrait de quelqu’un qui ne me semble pas, du fait de ses affiliations, représenter l’histoire humaniste de Lyon ne me semble pas approprié. »
Militant nationaliste et étudiant de mathématique de 23 ans, Quentin a fréquenté le groupuscule royaliste d’extrême droite de l’Action française, ainsi que l’Academia Christiana, une organisation identitaire et catholique traditionaliste menacée de dissolution depuis 2023.
Aulas renvoyé à sa gestion des supporters d’extrême droite à l’OL
Vendredi 20 février, c’est au tour des soutiens de Grégory Doucet de signer une tribune pour Actu Lyon. Dans leur texte, ils dénoncent de la part du chef d’entreprise « une séquence indigne, abjecte même, sur fond de récupération politicienne irrespectueuse. »
« Jean-Michel Aulas aurait dû être sur la retenue. Lui qui n’a pas lutté contre la présence persistante des hooligans identitaires et néofascistes dans les tribunes de l’Olympique lyonnais, comme le rappelle justement Le Monde », attaquent-ils.
Des allégations auxquelles le mis en cause avait eu l’occasion de répondre. Jean-Michel Aulas « a toujours été d’une fermeté absolue face aux expressions racistes, xénophobes ou discriminatoires », assuraient ses équipes fin septembre dans un article de Libération.
Au milieu de toutes ces attaques mutuelles, un point commun entre les deux candidats aux municipales lyonnaises. L’un comme l’autre ne se sont pas rendus ce samedi à la marche pour Quentin Deranque – dont Grégory Doucet avait demandé l’interdiction pour « risques avérés de troubles à l’ordre public ».
A la suite de cette marche, deux enquêtes ont été ouvertes après des saluts nazis et des injures racistes, selon les informations de BFMTV.
Après cet événement la campagne reprend de plus belle et les deux hommes n’auront pas à attendre beaucoup pour se croiser. Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas ont rendez-vous ce mardi soir pour un débat organisé par BFMTV, en présence également de la députée insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi et du candidat d’extrême droite Alexandre Dupalais (Union des droites pour la République).
Article original publié sur BFMTV.com











