- Un jeune homme de 23 ans est mort le 14 février à Lyon, après avoir été agressé par des militants d’ultragauche.
- Considérée comme un « berceau » de la mouvance ultradroite, Lyon est marquée par une forte violence politique.
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Mort de Quentin Deranque, 23 ans, violemment agressé à Lyon
Agressé le 11 février à Lyon par des militants d’ultragauche, Quentin Deranque a succombé à ses blessures deux jours plus tard, à l’hôpital. La mort du jeune homme de 23 ans, militant nationaliste et proche du collectif Némésis auquel il serait venu prêter main-forte devant Sciences Po, est rapidement devenue politique. D’autant que le drame survient à Lyon, ville qui voit de nombreux groupuscules évoluer à l’ultradroite comme à l’ultragauche.
Un local pour l’ultradroite dans le 5ᵉ
En 2019, la cheffe du service central du renseignement territorial (SCRT) estimait même devant une commission d’enquête (nouvelle fenêtre) parlementaire que la région lyonnaise était le « berceau »
de l’ultradroite, caractérisée par sa « virulence ». « Après la création du mouvement identitaire, en 2002-2003, la ville est très vite devenue une place centrale de ces mouvances, qui ont très tôt manifesté une nette volonté d’appropriation du cinquième arrondissement. Ce désir d’emprise s’est traduit par la ferme détermination d’y disposer d’un local. De fait, la plupart des groupuscules d’ultradroite connus y est implantée, pour un total d’environ 400 personnes »,
expliquait alors Lucile Rolland face aux députés.
Ce local a pris la forme d’un bar, La Traboule aujourd’hui fermée, et d’une salle de sport. « La boxe est omniprésente, pratiquée dans les locaux militants (les ‘maisons de l’identité’ ou des salles de sport, telle l’Agogé à Lyon) »,
relèvent ainsi Béatrice Fleury et Jacques Walter, dans leur livre Violences et radicalités militantes en France des années 1980 à nos jours
.
En réalité, l’implantation de groupuscules identitaires dans la ville remonte à plus loin dans le temps. Dans l’ouvrage Violences politiques en France de 1986 à nos jours
, les auteurs Isabelle Sommier, Xavier Crettiez et François Audigier situent la présence d’« activistes néofascistes et néonazis »
à Lyon dans les années 1980, avec d’ailleurs un « activisme plus orienté vers le lynchage à mobile ethnique que vers l’affrontement entre militants de bords opposés ».
Plus tard, dans les années 2010, cette présence identitaire a conduit à la création de groupuscules, comme le Bastion social en 2017 par d’anciens membres du GUD parisien.
L’ultragauche, née en réaction
Implanté d’abord localement puis disséminé en France (à Strasbourg, Marseille ou Clermont-Ferrand), le Bastion social « se présente comme un moteur majeur d’affrontements »
avec des groupes antifascistes. En effet, Lyon a vu ensuite l’émergence de l’ultragauche, directement en réaction à l’ultradroite.
C’est le cas de la Jeune Garde (nouvelle fenêtre), citée dans la mort de Quentin Deranque et cofondée par Raphaël Arnault, aujourd’hui député La France insoumise (LFI). Dans un communiqué (nouvelle fenêtre) publié après la mort du jeune homme, le groupuscule indique s’être constitué en 2018 « en réaction à l’inquiétante multiplication des intimidations, agressions et violences fascistes contre des lieux, des événements et des personnes dans la ville de Lyon ».
Le mouvement compterait une centaine de militants à Lyon et dans
les « structures ‘sœurs’ à Paris, Strasbourg, Montpellier ou encore Lille »,
selon un rapport parlementaire (nouvelle fenêtre) de 2023 sur les violences pendant les mobilisations contre la réforme de retraite. Contrairement au Groupe antifasciste Lyon et Environs (Gale), qui aurait pour « objectif principal de s’en prendre aux forces de l’ordre »
, les députés considèrent que la Jeune Garde « s’inscrit dans une stratégie de lutte davantage tournée vers l’ouverture à l’égard des organisations politiques et syndicales, estimant que la ‘vraie lutte contre l’extrême droite, c’est la recomposition d’un bloc politique de lutte des classes’ ».
Dissoute en juin 2025, notamment pour (nouvelle fenêtre) « des agissements violents contre les personnes »
, la Jeune Garde conteste aujourd’hui sa disparition annoncée.

Tout comme le Bastion social, officiellement dissous en avril 2019 mais continuant à exister sous d’autres formes. Citons Terra Nostra, « nouvelle réminiscence du GUD et du Bastion social »
en 2020, selon Le Progrès
(nouvelle fenêtre). Mais aussi Audace Lyon, né en 2019 et toujours actif en tant que « mouvement nationaliste lyonnais »
. Le groupuscule a d’ailleurs publié un communiqué (nouvelle fenêtre) après la mort de leur « camarade Quentin, bien connu de (ses) militants ».
Comme d’autres mouvances à l’ultradroite et à l’ultragauche, Audace Lyon se plie aux entraînements d’autodéfense et communique dessus (nouvelle fenêtre). « Face à l’augmentation des violences ‘anti-blancs’, il est urgent de nous organiser et de nous réapproprier nos pratiques d’autodéfense »,
presse le groupuscule en octobre 2025.
L’été dernier, alors qu’Audace Lyon est revenu sur le devant de la scène, la préfecture du Rhône s’est dite (nouvelle fenêtre) « très attentive à toute résurgence des groupuscules radicaux d’ultradroite et d’ultragauche qui porteraient des messages de haine ou qui commettraient des actions violentes, comme elle l’a démontré avec fermeté par les différentes dissolutions »
et prévenu de l’interpellation des « auteurs de violences quels qu’ils soient pour les présenter à la justice »
. Aujourd’hui, l’ultradroite pourrait compter sur 400 à 500 activistes à Lyon, selon les renseignements territoriaux cités par Le Progrès.
De son côté, l’ultragauche serait forte d’environ 800 membres dans « des mouvements divers »
, d’après Le Dauphiné libéré.











