- Selon l’Ifop, une majorité de parents déclarent autoriser ou proposer les écrans à leur enfant pour l’occuper faute d’alternative.
- La publication de cette enquête pose une question : que faisait-on toute la journée quand il n’y avait pas de smartphones et internet ?
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Réseaux sociaux : une interdiction avant 15 ans souhaitée par Emmanuel Macron
Une option faute de mieux : une majorité de parents déclarent autoriser ou proposer les écrans à leur enfant pour l’occuper faute d’alternative ou pour se dégager du temps pour faire eux-mêmes autre chose, selon un baromètre Ifop pour la Fondation pour l’Enfance publié ce lundi 16 février. Côté enfants, plus de la moitié d’entre eux (55%) déclarent être sur les écrans parce qu’ils s’ennuient.
La publication de cette enquête survient en plein débat sur la place des écrans et l’impact de leur utilisation sur les enfants et des adolescents. Le gouvernement souhaite notamment interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée scolaire de septembre, invoquant la nécessité de préserver la santé mentale des plus jeunes face à leurs effets nocifs (contenus inappropriés, cyberharcèlement, manque de sommeil…).
Il faut dire que selon une étude de NordVPN de 2021, un Français passerait en moyenne 56 heures par semaine devant les écrans, et notamment Internet (temps passé au travail compris), ce qui représenterait 27 ans, 7 mois et 6 jours (122 jours par an). Soit approximativement un tiers de la vie d’une personne, ce qui est plus que le temps passé à dormir (entre 25 et 27 ans).
En moyenne, un Français passe 20 heures par semaine devant un écran dans le cadre de son activité professionnelle, et 36 heures pendant son temps libre. Et la majeure partie de ce temps est consacré… aux réseaux sociaux. Au total, selon l’étude, nous passons 6 heures et 39 minutes, notamment sur Instagram, Twitter et Facebook. Mais comment vivait-on il y a 40 ans, avant l’apparition d’internet ?
Il y avait plus d’interactions en famille
La technologie a transformé la façon dont les familles passent du temps ensemble. Par exemple, il est fréquent que les membres d’une même famille se trouvent dans la même pièce, mais soient absorbés par leurs appareils au lieu de discuter ou de partager des expériences, comme c’était le cas auparavant. D’après un sondage mené en 2023 par Qustodio, une solution de contrôle parental, près de 70% des parents indiquent que les écrans les distraient parfois ou fréquemment des moments en famille. De plus, 49% affirment que le temps passé devant les écrans est source de disputes, de façon hebdomadaire ou quotidienne.
Ainsi, une étude menée en 2025 auprès de 2.000 parents (dont les enfants ont entre 5 et 12 ans) a révélé que les familles subissent plus de 500 disputes liées aux technologies chaque année, soit environ 96 heures de conflit par an. Cela représente plus de 1,8 heure par semaine passée à se disputer au sujet des écrans, rapportait à l’époque le New York Post. Dans le même temps, les Français possèdent en moyenne six écrans par famille, selon le CSA : la tâche est donc ardue pour les parents.
D’autant qu’une note de Santé publique France en 2020 rappelait qu’il ne faut pas laisser un enfant devant un écran avant l’école : ses risques de développer des troubles primaires du langage sont multipliés par 3. Et le risque est multiplié par six s’il ne discute jamais ou rarement avec ses parents de ce qu’il a vu.
On ne grignotait pas toute la journée
L’un des effets majeurs de l’omniprésence des écrans est bien sûr la sédentarité qui aboutit à des problèmes de surpoids. Mais ce n’est pas tant le fait de ne pas bouger qui pose problème. Les enfants qui jouent au puzzle ou qui lisent ne sont pas forcément confrontés à cela. Il y aurait en fait une corrélation entre les profils alimentaires des enfants et la sédentarité due aux écrans. Selon l’American Society for Nutrition, plus les enfants et adolescents regardent des écrans, plus ils consomment des produits de mauvaise qualité nutritionnelle (bonbons, gâteaux, fast-food, boissons sucrées, snacks salés… …) et ce, sans forcément avoir faim. Des travaux menés par l’INSERM montrent par exemple que les enfants exposés aux écrans dès 2 ans atteignent un taux de masse corporelle supérieure à la moyenne à l’âge de 5 ans.
Par ailleurs, les adultes déjeunant ou dînant devant un écran sont nombreux et les conséquences sont les mêmes. Notre attention, captivée par les images et les sons, n’est plus dirigée sur nos sensations liées à l’acte de manger. La satiété, qui devrait normalement nous faire arrêter de manger quand elle survient, n’est plus perçue. Conséquence : les quantités ingérées augmentent en moyenne de 25 %, indiquaient sur France-Info
, Marie-Pierre Fourquet-Courbet et Didier Courbet, professeurs en sciences de la communication à Aix-Marseille Université.
Les chahuts dans le salon ou les jeux dans le jardin étaient monnaie courante
Rester devant les écrans a également supplanté la partie de foot avec les copains. Or «
la sédentarité
des enfants et des ados est telle qu’ils s’exposent à de très graves pathologies »
, alertait en 2023 le Pr François Carré, cardiologue et médecin du sport, qui rappelait qu’« en 1971, un enfant courait 800 mètres en 3 minutes, en 2013 pour cette même distance, il lui en faut 4 »
. Ce ne sont pas simplement les résultats sportifs qui incitent ces professionnels de santé à tirer la sonnette d’alarme, mais bien le fait que « bouger » n’est plus devenu un réflexe.
En effet, la pratique d’activités physiques totale diminue entre 12 et 16 ans, et ce, principalement à cause de la diminution des activités physiques d’intensité légère comme marcher, jardiner, réaliser des tâches ménagères ou cuisiner. En somme, les jeunes passent moins de temps debout au cours d’une journée, et cela, malgré le fait qu’il puisse avoir cumulé 60 minutes par jour d’activités physiques d’intensité modérée à élevée.
On dormait plus longtemps
Autre enseignement du baromètre de l’Ifop publié ce lundi, la quasi-intégralité des parents (94%) disent avoir fixé « au moins une règle »
sur les usages du numérique, du moment d’utilisation aux contenus regardés en passant par la durée. Mais, dans le détail, 30% des enfants âgés de 8 à 15 ans utilisent encore un écran avant de se coucher.
Or, « une à deux heures avant de se coucher, il ne faut pas d’écran proche parce que la lumière bleue va bloquer le sommeil »,
a souligné le pédiatre François-Marie Caron en conférence de presse. Effectivement, les hyperconnectés perdraient près de 2h de sommeil par nuit. Leur sommeil serait également de moins bonne qualité et ils souffriraient davantage d’insomnies. En définitive, pour les enfants, adolescents et même pour les adultes, une bonne règle est à acquérir au plus tôt : pas de mobile connecté, ni d’écrans dans la chambre, comme au bon vieux temps finalement !













