Dix ans qu’il en rêvait de cette Maison des médias libres. Un lieu avait été trouvé en 2024 : un bâtiment en béton de 4 500 mètres carrés sur le boulevard Barbès, dans le nord de Paris, où des ouvriers ont déjà fait tomber les premières cloisons. Une quarantaine de médias indépendants, tous orientés à gauche, de Politis à Basta !, en passant par Verts, Blast ou Les Jours, avaient signé pour s’installer dans cet espace de travail commun leur permettant de rationaliser leurs coûts et comportant bureaux, studios de radio et de télévision et un café-librairie présenté comme un « laboratoire pour construire les médias d’avenir ». Tout était prêt pour que cette pépinière voulue par Olivier Legrain ouvre en 2027, avec pour ambition de redonner quelques couleurs à un paysage médiatique de plus en plus phagocyté par des empires de presse ultraconservateurs.
Mais des révélations publiées par Mediapart le 30 janvier ont fait vaciller le bel échafaudage. L’article raconte comment l’ancien industriel de 73 ans, devenu aujourd’hui thérapeute, est accusé d’agression sexuelle par une femme, qui a porté plainte le 7 janvier au commissariat de Belfort. Cette journaliste de 31 ans, à l’époque en quête de financement pour son média, l’accuse d’avoir « passé lentement sa main à l’intérieur de [sa] cuisse » lors d’un dîner en 2022.
L’article de Mediapart fait par ailleurs état, témoignages à l’appui, d’un comportement insistant ou trop familier de Legrain envers les femmes. Olivier Legrain, qui n’a pas encore été entendu par la police, conteste les faits d’agression sexuelle. Dans une lettre envoyée le 3 février aux médias impliqués dans le projet de Maison des médias libres, il explique toutefois regretter certains de ses comportements vécus comme « intrusifs ou inappropriés indépendamment de [son] intention ». Il pousse l’autocritique jusqu’à évoquer l’« asymétrie » que créent, dans certaines situations, son genre, son statut et sa situation sociale et présente ses « excuses ». Des éléments de langage ciselés avec son entourage, qu’il nous répète au téléphone le 5 février.
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