Livre. Dans son programme de gouvernement présenté en 2024, la coalition fédérale belge a glissé un paragraphe évoquant un « instrument d’évaluation du risque de récidive » des délinquants. « Scientifique », cet outil doit recourir à l’intelligence artificielle (IA) pour « assister » les juges, les aider à prendre des décisions « réfléchies » quant à une arrestation, une libération, un traitement pour un délinquant.
De quoi inquiéter Manuela Cadelli, juge à Namur, administratrice de l’Association syndicale belge des magistrats et spécialiste du droit des technologies de l’information. Elle relève, dans son ouvrage Justice et IA : une enquête critique (Larcier Intersentia, 268 pages, 50 euros), que, un peu partout dans le monde, des projets de « police prédictive » se développent aussi, censés éviter les crimes futurs, identifier des personnes recherchées ou anticiper des troubles à l’aide d’algorithmes, de collectes massives de données et d’outils biométriques.
Souvent précarisée, décriée par des politiques, vue même par certains comme une ennemie de la démocratie, la justice risque-t-elle d’être un jour d’être exercée par des femmes et des hommes contraints de recourir davantage à la technique qu’au droit, à la raison, au doute ? C’est désormais possible à moyen, voire à court terme, estime Mme Cadelli, qui illustre en détail les risques d’une évolution soutenue par des pouvoirs qui entendent régler leurs comptes avec le fameux « gouvernement des juges » et par des entrepreneurs du numérique présentant leurs outils comme des remèdes aux carences des services publics.
Justice sans algorithme
La magistrate revendique le monopole de l’humain comme obligation morale et juridique et elle estime qu’un nouveau front s’ouvre pour elle et ses collègues : ils n’ont ni à s’incliner ni à s’adapter à ce qu’on leur présente comme une promesse « techno neutre », mais à « résister », écrit-elle. Inspirée par Albert Camus et le philosophe Bruno Latour, elle revendique le fait que le juge doit toujours traiter chaque dossier sans « ingérence machinique » et sans une intelligence artificielle susceptible de remettre en cause « l’universelle dignité qui doit être reconnue à chacun ».
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