Trois plongeurs de la brigade fluviale s’immergent dans la Seine, munis d’un drone sous-marin qui retransmet leur progression sur un écran à la surface. Leur objectif: procéder à la reconnaissance de trois épaves de voitures détectées plusieurs mois auparavant.
Lancé il y a six mois, le projet de Localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête (LETHE) de la gendarmerie vise à cartographier l’ensemble des cours et plans d’eau de l’Hexagone pour y déceler des carcasses de véhicules et d’éventuels cadavres restés coincés dans l’habitacle.
Le but de cette modélisation à grande échelle est de retrouver des personnes disparues et d’aider à la résolution de crimes non élucidés (cold cases).
« L’élément déclencheur a été la découverte (en octobre 2023, NDLR) d’ossements dans la Seille, une petite rivière en Bourgogne, lors de la fouille d’une voiture immergée », explique l’adjudant-chef Yohan Gérard, commandant de la brigade fluviale de Conflans-Saint-Honorine (Yvelines) et coordinateur du projet.
Après analyse, les gendarmes ont réalisé qu’il s’agissait du corps d’un homme, resté sous l’eau pendant 40 ans.
« Un autre constat est le fait qu’on ait connaissance de plusieurs centaines d’épaves de voitures dans le cadre d’affaires dites courantes sans qu’elles soient recensées », ajoute Yohan Gérard.
Réparties sur l’ensemble du territoire national, les unités fluviales comptent au total une centaine de plongeurs, qui interviennent dans leur zone de compétence.
« Seuls les plongeurs sont capables d’aller sur la scène, d’où le besoin de la numériser pour en rendre compte » aux autorités judiciaires, explique Yohan Gérard.
– « Aspirateurs subaquatiques » –
Pour constituer cette mémoire cartographique, les techniciens de l’investigation sous-marine suivent un parcours bien jalonné.
Première étape: la prospection grâce aux échos d’un sonar qui permet de localiser les véhicules immergés.
Vient ensuite la phase de reconnaissance et de constatations durant laquelle les plongeurs cherchent à identifier la marque, le modèle ou encore l’état de la voiture.
La fouille de l’habitacle est la partie la plus chronophage car elle « implique de retirer les tonnes de vase qui se sont accumulées au fil des années à l’intérieur de la voiture », explique Yohan Gérard.
« On utilise des techniques archéologiques avec des aspirateurs subaquatiques et différents outils pour essayer, de la façon la plus minutieuse possible, de retirer la vase et s’assurer qu’il n’y ait pas de restes humains », détaille l’adjudant-chef.
Le repêchage est quant à lui optionnel car très coûteux. Dans la plupart des cas, la voiture reste sous l’eau.
En plus du drone et d’un lourd équipement pouvant peser jusqu’à 30 kg, les plongeurs disposent d’un appareil photo pour réaliser des clichés du véhicule.
Si des ossements sont découverts, les gendarmes ont alors recours à la photogrammétrie, une technique de prises de vue multiples sous différents angles qui permet de réaliser des reconstitutions en 3D.
Le projet LETHE est mené en partenariat avec le Pôle des crimes sériels et non élucidés du tribunal de Nanterre et avec l’appui de la division des affaires non élucidées (DIANE) de l’Unité nationale de police judiciaire de la gendarmerie.
Depuis le début de cette initiative, trois corps ont déjà été découverts, a indiqué Yohan Gérard, qui n’a pas souhaité communiquer davantage de détails, s’agissant d’enquêtes en cours.
dho/cal/asm












