- Des sites Internet exploitent leurs voix grâce à l’intelligence artificielle.
- Huit doubleurs français viennent de mettre en demeure deux sociétés américaines pour défendre leur métier.
- Deux comédiennes au timbre bien connu témoignent auprès de TF1.
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Le 13H
Vous ne connaissez sans doute pas son visage, mais sa voix vous est forcément familière. « Je suis la voix entre autres de Julia Roberts
« , lance Céline Montsarrat, en retrouvant notre équipe, dans le reportage du JT de TF1 visible ci-dessus. Cette actrice et sept autres comédiens doubleurs mettent en demeure deux sites Internet américains, Voice Dub et Fish Audio, qui exploitent leurs voix grâce à l’intelligence artificielle. En quelques clics, ils permettent d’enregistrer n’importe quel texte avec une voix choisie dans un large catalogue, de celle de Mickey Mouse à celle d’Emmanuel Macron.
Notre journaliste fait écouter sur un smartphone à Céline Montsarrat ce que cela donne si on opte pour la sienne. « C’est ma voix
, réagit-elle aussitôt. Alors le jeu, il n’y en a pas, tout est linéaire, il n’y a aucune intention de jeu, mais c’est complètement ma voix. Je trouve ça épouvantable, c’est un vol
« .
« On est juste des lanceurs d’alerte »
Richard Gere, Angelina Jolie… Comme Céline Montsarrat, les doubleurs de ces stars hollywoodiennes demandent que leur voix soit retirée de ces plateformes et réclament 20.000 euros de dommages et intérêts.
À Tourcoing (Nord), notre équipe retrouve Brigitte Lecordier en studio d’enregistrement. Elle est la voix de célèbres personnages de dessins animés, Dragon Ball ou encore Oui-Oui. « Moi, je n’ai pas envie qu’on me fasse dire n’importe quoi
, souligne-t-elle. Et puis moi, je suis artiste, donc j’exprime des choses. Et une intelligence artificielle n’a rien, n’a pas de rêve. On est juste des lanceurs d’alerte parce que ça va toucher tous les artistes, les musiciens, les photographes, les auteurs
« .
En France, l’arsenal juridique existe déjà pour protéger ses comédiens : la voix est une donnée personnelle, toute reproduction sans consentement est considérée comme une contrefaçon. Mais encore faut-il que ces sites respectent la loi. « Ce qu’il faudrait aussi
, souligne auprès de TF1 maître Jonathan Elkaim, avocat en propriété intellectuelle qui défend les huit comédiens, c’est peut-être qu’un juge puisse demain interdire ou réguler en tous les cas l’accès à ces plateformes sauvages qui permettent, contre quelques euros simplement, de faire dire ce que l’on veut avec la voix de n’importe qui
« .
L’acteur Matthew McConaughey, lui, a anticipé les risques en déposant sa voix et son image auprès de l’Institut américain de la propriété intellectuelle. Objectif, se protéger de leur utilisation par des plateformes d’intelligence artificielle.












