Près de 57 000 électeurs sont appelés à voter en Inde, au Népal et au Bhoutan, environ 12 000 en Amérique du Nord, essentiellement à New York et Toronto, et 8 000 en Europe… Au total, près de 100 000 Tibétains, vivant dans 27 pays, doivent renouveler leur parlement et désigner le chef de leur gouvernement en exil, basé en Inde. Des institutions qui n’ont aucune valeur aux yeux de Pékin, la Chine qualifiant ce scrutin de « farce ».
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Dans une réponse écrite à l’AFP, le ministère chinois des Affaires étrangères a ainsi dénoncé un « groupe politique séparatiste », estimant que le « soi-disant gouvernement tibétain en exil » était « une organisation illégale violant totalement la Constitution et les lois chinoises ».
Un scrutin crucial à l’approche de la succession du Dalaï-Lama
Malgré cela, la participation devrait être élevée, alors que la plupart des membres de la diaspora n’ont jamais mis les pieds au Tibet. Cette année, le scrutin revêt une importance particulière. L’actuel Dalaï-Lama, qui aura 91 ans en juillet, a confirmé qu’à sa mort, son successeur serait désigné selon la tradition, tandis que Pékin entend imposer son propre candidat.
À l’heure où la question de la succession du chef spirituel tibétain est au cœur des débats, de nombreux exilés jugent essentiel de se doter d’un gouvernement légitime, capable de défendre la cause tibétaine. « Ces élections […] montrent que le combat pour la liberté et l’indépendance du Tibet se perpétue de génération en génération », souligne Gyalten Chokye, 33 ans, candidate à un poste au sein du futur exécutif.
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Le Dalaï-Lama, qui a renoncé à tout rôle politique en 2011 au profit d’un gouvernement élu, vit principalement dans le nord de l’Inde depuis qu’il a fui la répression chinoise en 1959. « L’âge avancé de Sa Sainteté inquiète tous les Tibétains », explique Tenzin Namgyal Tethong, 78 ans, qui votera depuis les États-Unis. « Le plus important sera de sauvegarder ce que nous avons obtenu sous sa direction », ajoute-t-il.
Un vote sur fond de bouleversements géopolitiques
Ce marathon électoral se déroule également dans un contexte international défavorable. L’influence de la Chine dans les relations internationales ne cesse de grandir, tandis que les États-Unis ont réduit les aides accordées à la diaspora tibétaine, dont seule une partie a été rétablie. « Les priorités de la politique étrangère de l’administration américaine ont changé et l’influence de la Chine […] s’est accrue », observe encore Tenzin Namgyal. « Il est difficile de prédire dans quelle mesure » cela affectera « la cause tibétaine », poursuit ce dernier.
Pour de nombreux électeurs, l’enjeu est donc majeur. « En ce moment crucial de notre histoire politique, les enjeux sont trop importants pour prendre le risque d’élire des dirigeants qui ne seront pas à la hauteur », estime Kunga Choekey, une électrice de 24 ans installée en Inde.
Selon la commission électorale tibétaine, 91 042 électeurs sont inscrits pour ce scrutin, une fraction seulement des quelque six millions de Tibétains recensés dans le monde, y compris en Chine, par le gouvernement tibétain en exil. Ils doivent élire pour cinq ans les 45 membres du parlement ainsi que le chef du gouvernement, appelé le « sikyong ».
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