Enfants à la rue, non scolarisés, handicapés ou ne mangeant pas à leur faim : la situation de plusieurs milliers d’enfants en France reste hors des radars de l’agenda politique faute de statistiques publiques solides, estime le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) dans un rapport publié jeudi 29 janvier.
« L’absence de données complètes, fiables et couvrant l’ensemble du territoire, ainsi que de suivi systématique, empêche encore de garantir l’effectivité des droits de tous les enfants », estime l’agence onusienne. Selon elle, « des milliers d’entre eux demeurent largement invisibles des statistiques publiques, et donc de politiques publiques adaptées à leurs besoins ».
Pour tenter de pallier ce manque, l’Unicef a mis sur pied un observatoire des droits des enfants qui a analysé 76 indicateurs répartis autour de 12 thématiques : éducation, santé, santé mentale, protection de l’enfance, pauvreté, migrations, nutrition, numérique, petite enfance, opinion de l’enfant, démographie et environnement.
« La pauvreté et le logement constituent une urgence majeure », avec « au moins » 32 000 enfants vivant sans domicile ou à l’hôtel et 38 enfants sans domicile morts en 2024, relève l’Observatoire dans son premier rapport, qui s’appuie sur les données d’« agences gouvernementales, d’organisations internationales, d’enquêtes nationales et internationales ». « Ces situations portent directement atteinte aux droits fondamentaux des enfants à la survie, à la santé et au développement », estime-t-elle.
Certains droits fondamentaux restent « insuffisamment garantis », à l’image du droit à une alimentation suffisante, avec près de 23 % des enfants interrogés qui déclarent ne pas manger trois repas par jour.
« Invisibilisation » des enfants non scolarisés
Le rapporte relève les « carences » en matière de protection de l’enfance. Celles-ci sont d’autant plus préoccupantes que la violence envers les enfants demeure un « phénomène massif » : chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles (soit un toutes les trois minutes) et plus de 50 000 enfants subissent des maltraitances physiques ou psychologiques. Tous les cinq jours, un enfant meurt sous les coups de ses parents ou d’un proche, rapporte l’Unicef.
Autre motif d’inquiétude : le droit à l’éducation, qui « n’est pas garanti pour tous ». « Plusieurs milliers d’enfants demeurent non scolarisés, sans visibilité statistique nationale ». De fait, « le gouvernement ne dispose pas de données consolidées sur le nombre d’enfants non scolarisés en France, leur localisation et les motifs d’éloignement de l’école, exacerbant d’autant leur invisibilisation », rapporte l’Unicef, qui appelle à la création d’un « observatoire national de la non-scolarisation ».
Le rapport met aussi en avant les inégalités persistantes au sein du système scolaire français. Plutôt que de les résorber, l’école française contribue à « perpétuer des déterminismes liés au genre, à l’origine sociale, au handicap ou à la langue maternelle ». La dernière enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a ainsi montré que l’influence du milieu social sur les performances scolaires en France comptait parmi les plus élevées des pays de l’OCDE (20 %, contre 13 % en moyenne).
Quant aux territoires d’outre-mer, ils restent fortement sous-documentés, déplore l’agence onusienne, et ce « alors que les besoins y sont souvent plus importants ». Trois habitants sur dix dans les départements et régions d’outre-mer vivent dans une situation de mal-logement. A Mayotte, huit enfants sur dix sont considérés comme « pauvres », peut-on lire dans le rapport. « Entre 5 379 et 9 575 » enfants y sont non scolarisés, d’après une estimation.
En 2024, 1 860 enfants ont été placés en rétention administrative à Mayotte (contre six dans l’Hexagone), « illustrant des violations persistantes des droits de l’enfant dans ce territoire et une rupture d’égalité territoriale majeure », selon l’Unicef.














