Depuis le 8 janvier, la classe Optimum plus de la SNCF remplace l’offre Business première, lancée en 2021. Le compte Instagram « Les adultes de demain », consacré à l’enfance, a révélé, le 21 janvier, que, d’après une communication de la SNCF, les enfants seront exclus de cette nouvelle classe. La décision a suscité un tollé.
Et si la SNCF arrêtait de hiérarchiser ses usagers et de discriminer les enfants ? Imaginons un seul instant qu’il en ait été de même pour les personnes âgées, et que des rames aient été interdites aux plus de 70 ans pour le confort de tous. Face aux critiques, la SNCF a réagi en assurant : « Non, les enfants ne sont pas exclus de nos TGV. » Dans son rétropédalage, qui a provoqué un retour de flamme au lieu d’éteindre la polémique, l’entreprise a précisé que la classe Optimum plus était réservée aux plus de 12 ans – et non plus interdite aux enfants – et qu’elle représentait moins de 10 % des trajets.
La directrice des offres TGV InOui et SNCF Voyageurs, Gaëlle Babault, a ajouté avoir subi des pressions pour prendre ce genre de mesure. Cette justification est doublement problématique. D’une part, elle part du postulat que les enfants et seuls les enfants vont nécessairement causer des nuisances en dérogeant aux normes tacites du train, en particulier celle du silence. Or, les adultes les enfreignent tout aussi allègrement : quid des personnes partageant leur conversation téléphonique avec toute la rame, quid des cadres improvisant des réunions d’équipe, ou encore des ronflements et des voix masculines qui préemptent l’espace sonore (car ce type de comportement est bien souvent genré) ?
Une conception adultocentrée
D’autre part, la justification des pressions occulte le fait que le groupe social des enfants ne peut ni s’organiser, ni s’exprimer collectivement pour se défendre. Or, les rapports adulte-enfant ne sont ni éternels ni naturels, mais relèvent bien d’une construction sociale et gagnent à être politisés. A l’école, à la maison, dans la rue ou dans le train, les enfants sont en situation de moindre pouvoir, de minorité et les adultes forment le groupe majoritaire qui peut imposer facilement son point de vue et ses normes. Pas de syndicat des enfants pour s’opposer à la mesure discriminatoire de la SNCF, mais des associations qui se mobilisent en leur nom pour défendre leurs intérêts et plaider leur cause. La polémique est aussi révélatrice de dynamiques plus profondes qui renvoient à une conception adultocentrée de l’espace public.
Il vous reste 59.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.














