- Le procès de l’ancien sénateur Joël Guerriau, 68 ans, s’est ouvert ce lundi à Paris.
- Marié, père de cinq enfants, il est accusé d’avoir, en 2023, drogué la députée Sandrine Josso en vue de la violer.
- Il a déclaré ce lundi être « désolé » et a invoqué un accident survenu « par inadvertance ».
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Le sénateur Joël Guerriau accusé d’avoir drogué la députée Sandrine Josso
Il est arrivé juste avant le début de l’audience, lunettes rondes sur le nez, chemise blanche, vêtements noirs et n’a pas déclaré un mot à la horde de journalistes qui l’attendaient. Pendant plus de 5 heures, l’ancien sénateur Joël Guerriau, 68 ans, a ensuite répondu aux nombreuses questions qui lui ont été posées sur cette soirée du 14 novembre 2023, au cours de laquelle il est accusé d’avoir drogué Sandrine Josso pour la violer après l’avoir invitée dans son logement de fonction du 6e arrondissement pour « fêter sa réélection ».
Les analyses toxicologiques et les examens médicaux pratiqués sur la députée aujourd’hui âgée de 50 ans ont confirmé la présence de MDMA et ont conclu à une intoxication à l’ecstasy. Le prévenu a donc dû s’en expliquer. Et son choix a été de plaider « la bêtise »
et « l’inadvertance ».
« Je me sens comme un apprenti sorcier qui a touché un truc qu’il ne connaissait pas. J’ai reconnu ma faute (…) Je voudrais que Sandrine sache que ce n’était pas mon intention »,
a-t-il assuré au président.
Il ne révèlera pas l’identité de son fournisseur
Comment en est-on arrivé là ? Selon Joël Guerriau, la poudre blanche manipulée ce 14 novembre lui aurait été fournie au printemps 2023 par un sénateur dont il n’a jamais voulu donner le nom. Il le soutient, il ne savait pas que c’était de la drogue mais pensait qu’il s’agissait d' »un euphorisant »,
d’un « phyto-médicament »
qui lui ferait du bien alors qu’il était « angoissé »
, « affecté par la mort de son chat »
et « surmené ».
Il aurait réparti alors la poudre blanche en deux sachets, l’un placé dans un sachet de thé qu’il aurait trimballé sans jamais y toucher entre Paris et Nantes où vivait sa famille, l’autre dans un tiroir de la « kitchenette »
de son logement de fonction, un triplex de 40m2 dans le 6e arrondissement.
La veille des faits, il aurait mis le produit dans un verre pour l’avaler, mais ne l’aurait finalement pas pris. Il aurait ensuite omis de laver le verre avant de le ranger et c’est dans ce verre qu’aurait bu malencontreusement son invitée le lendemain, au cours d’une soirée pour laquelle il avait préparé « des fajitas »
et « des tours de magie pour la divertir ».
L’enfer raconté par la partie civile
La députée n’a vu aucun divertissement dans les deux heures passées chez son hôte. Veste bleue, pantalon et chaussures à talon noir, très émue à la barre, Sandrine Josso a décrit l’enfer qu’elle avait vécu ce soir-là. Alors qu’elle pensait à une fête avec du monde, elle a expliqué s’être retrouvée dans un huis clos avec cet « ami politique »
qu’elle avait l’habitude de voir en costume et qui l’a reçue en tenue « décontractée type jogging ».
Après s’être assise dans le canapé, il lui a demandé de trinquer et de trinquer encore, mais très vite, elle a trouvé que le champagne qui lui avait été servi avait un « goût bizarre ».
Dans le même temps, le sénateur s’amusait à faire varier l’intensité de la lumière et à faire un tour de magie « à connotation sexuelle
« .
Les premiers symptômes sont apparus tandis que Joël Guerriau était agité. « Il était comme monté sur ressorts. Il me disait : ‘Tu bois rien. Tu manges rien.’ Comme je me sentais de moins en moins bien. J’avais des palpitations qui commençaient, très fortes. Je me sentais partir. Monsieur Guerriau a repris les coupes sur la table en verre et est reparti dans la cuisine »,
a décrit la députée.
Elle a alors jeté un œil pour voir ce qu’il y faisait, car les coupes n’étaient pas vides. C’est là qu’elle l’a aperçu tenir un sachet avant de le ranger dans le tiroir. « Là, mes jambes tremblaient. Je commençais à avoir très très très soif. Je me demandais ce qu’il y avait dans ce sachet. Lui répétait : ‘Tu bois rien, tu manges rien’. Je lui ai dit que j’allais repartir à l’Assemblée. Il me dit : « Reste, on va faire la fête' »
, s’est-elle souvenue, bouleversée.
Pourquoi ne lui a-t-elle pas dit qu’elle se sentait mal? « Je me disais que si je lui disais que j’allais pas bien, il allait me demander de m’allonger. Moi, je voulais m’échapper »,
a-t-elle expliqué avant de fondre en larmes. « Je suis allée voir un ami, le cœur léger, fêter cette réélection. Au fur et à mesure de la soirée, j’ai découvert un agresseur »,
a-t-elle expliqué. Elle filera dans un taxi avant d’appeler à l’aide des collègues à l’aide et de finir à l’hôpital pour y être examinée.
« Je la regarde et je vois que ça ne lui fait rien »
Le mal-être de son invitée, Joël Guerriau a soutenu ne pas l’avoir vu. « Au moment où vous donnez la coupe à Mme Josso, ça vous fait ‘Tilt’ et vous vous dites qu’il y a potentiellement le produit
(la drogue) dans son verre, avez-vous expliqué au juge d’instruction »
, pointe le président. « Oui, je me dis qu’il est possible, que le produit soit dans son verre. Moi, j’ai pas l’impression que ça fasse quelque chose chez moi. Je la regarde et je vois que ça ne lui fait rien »,
a affirmé le prévenu. « À aucun moment, alors que vous êtes sénateur, représentant de la loi, vous ne faites le choix de lui dire que le produit (la
drogue) est dans son verre
« , s’est étonné le président.
Joël Guerriau a martelé qu’il ne connaissait « pas la nature de ce produit »,
qu’il pouvait « être éventé ».
« Je me suis enfermé dans ce qui m’arrangeait le plus, à savoir que c’est moi qui l’avait
(le produit dans son verre). J’aurais tellement voulu que Sandrine me le dise (qu’elle se sentait mal). Je n’avais aucune intention à son égard »,
a-t-il encore assuré en ajoutant : « Je suis responsable de ce qu’il s’est passé. Je m’en veux énormément. J’ai fait cela ».
« Quand je pense à ce qui est arrivé… »
Il souffle. J’aurais pu en mettre plus (de produit, NDLR). « Ça aurait pu être criminel »,
a-t-il relevé encore en fin d’audience à la barre d’une voix chevrotante et sans convaincre.
Les recherches sur le GHB, les escorts… Pour « s’informer »
S’il n’avait pas d’intention, pourquoi ces recherches à quelques jours des faits retrouvées dans son portable sur le GHB et l’ecstasy et leurs effets ou encore sur les escorts et les call girls ?« C’était à des fins d’information et de documentation »
en tant que sénateur pour lutter contre ces fléaux, a promis le prévenu qui a dit n’avoir « jamais acheté de drogue » de sa vie.
Quant aux photos pornographiques, il reconnait en avoir recherché quelques-unes. « C’est pas ce qu’il y a de plus glorieux dans mon activité »,
a concédé l’homme marié qui est aussi père de cinq enfants.
« Qu’attendez-vous de cette audience ? »,
lui a demandé le président avant de suspendre les débats. « D’abord, je veux présenter mes excuses à Mme Josso. Je suis content qu’elle soit là. Ce qu’elle fait pour lutter contre la soumission chimique, je suis vraiment derrière elle »
, a-t-il enfin osé, suscitant les rires nerveux dans la salle. « Aujourd’hui, je n’ai qu’une idée, c’est une fois cette affaire terminée, je voudrais m’engager et dire ce que j’ai fait pour que d’autres ne tombent pas dans de telles erreurs. Que ça n’arrive pas aux autres »,
avait-il dit peu avant.
L’audience a été suspendue vers 20h. Elle doit reprendre mardi à 13h30.














