De notre correspondante à Pékin,
Il s’agit de cyanobactéries, aussi appelées algues bleu-vert. Ce sont des micro-organismes très anciens, présents sur Terre depuis plus de trois milliards d’années. Elles ont la capacité de survivre à des conditions extrêmes : chaleur intense, sécheresse prolongée, sols presque stériles.
Lorsqu’il pleut, elles se réactivent, se multiplient rapidement et sécrètent des substances qui lient les grains de sable entre eux. On obtient ainsi une croûte biologique solide, riche en carbone et en nutriments.
Une technique révolutionnaire ?
Cette technologie permet d’accélérer fortement un processus naturel. Dans la nature, il faut entre cinq et dix ans pour que ce type de croûte se forme : avec cette technique, cela prend environ un an. Cela change complètement l’échelle de la lutte contre la désertification : on ne se contente plus de freiner l’érosion, on crée les conditions d’un sol capable d’accueillir ensuite des plantes, de retenir l’eau et de stocker du carbone.
Les chercheurs ont mis au point des sortes de « graines de sol ». Les cyanobactéries sont mélangées à de la matière organique et à des particules fines, puis moulées en petits blocs solides. Faciles à transporter, ils peuvent être dispersés sur de grandes surfaces désertiques.
Ces blocs restent inactifs tant qu’il n’y a pas de pluie, puis se développent rapidement et forment une croûte capable de résister au vent et de stabiliser durablement le sable. En stabilisant le sable, ces microalgues ont déjà permis à des plantes pionnières de reprendre racine dans le désert : une première étape, encore loin d’un désert vraiment vert.
Une solution sans risque ?
Les scientifiques appellent toutefois à la prudence. Certaines cyanobactéries peuvent produire des toxines, et l’impact à long terme sur les écosystèmes reste difficile à prévoir. Une fois introduits, ces micro-organismes évoluent de manière autonome.
La question est donc de savoir si l’on assiste à une restauration écologique maîtrisée, ou à une nouvelle forme d’intervention humaine lourde sur les milieux naturels.
La Chine investit dans ce type de solutions car la désertification menace directement l’agriculture, les ressources en eau et les villes du nord du pays. Mais il y a aussi un enjeu stratégique : la Chine veut devenir un acteur central des technologies environnementales.
Si cette méthode fonctionne, elle pourrait être déployée dans d’autres régions arides du monde, notamment en Afrique ou en Asie centrale, faisant de la lutte contre les déserts un nouveau terrain d’influence technologique.
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