Au-delà du bruit et de la fureur caractéristiques de la manière Trump, l’assignation du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, émise par le département de la justice est une déclinaison spectaculaire du débat sur l’indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique. La question s’articule habituellement autour de l’argument démocratique : est-il légitime que la politique monétaire et la supervision financière soient exercées par une institution non élue ?
A cette question, les économistes réputés orthodoxes et les banquiers centraux répondent oui. Les économistes dits « hétérodoxes » et les militants se qualifiant de progressistes répondent non, ou parfois oui, mais. Les premiers arguant que l’on ne peut « laisser le pot de crème à la garde du chat » (selon la formule, au XXe siècle, de l’économiste austro-britannique libéral Friedrich Hayek), quand bien même le chat a une légitimité démocratique, les seconds dénonçant le hold-up démocratique que constitue, selon eux, l’attribution d’un pouvoir économique aussi important à des agents non élus.
A y regarder de près, la question dépasse ce clivage quelque peu artificiel. Dans la réalité, l’indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique s’avère être à la fois un facteur déterminant de l’efficacité de leur action et une condition de la mise en place de leurs politiques monétaires dites non conventionnelles ou innovantes. L’histoire économique récente en est témoin : sans une prise de décision indépendante, les banques centrales n’auraient jamais pu agir comme elles l’ont fait depuis près de vingt ans.
De façon similaire et prospective cette fois, une réforme éventuelle des traités européens visant à permettre le financement monétaire de la dette publique ne pourrait être considérée qu’à la condition que sa mise en œuvre soit hermétiquement isolée de toute influence politique. Une telle réforme, de mon point de vue inéluctable à terme, ne pourrait que s’inscrire dans un cadre institutionnel permettant à la banque centrale de juger en toute indépendance au cas par cas du caractère inflationniste ou non d’un tel financement (il n’existe pas de réponse a priori à cette question, la création monétaire pouvant se révéler inflationniste ou non).
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