Le long soliloque prononcé par Donald Trump au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 21 janvier n’a fait que confirmer l’évidence : le mépris et l’agressivité du président des Etats-Unis vis-à-vis de l’Union européenne (UE) s’expriment de façon de plus en plus décomplexée, altérant durablement la relation transatlantique. Face aux menaces, au chantage, aux insultes, aux tentatives de prédation territoriale, la stratégie des Vingt-Sept pour essayer d’infléchir les positions de l’ex-promoteur immobilier a montré ses limites. Après le confort de décennies de dépendance à la puissance américaine, le réveil est brutal pour les Européens.
Les relations tissées depuis la seconde guerre mondiale sont profondes, multiformes et politiquement contraignantes. De la défense à la technologie, en passant par la finance ou l’énergie, l’Europe prend conscience que l’alliance avec les Etats-Unis ne va pas de soi et que, surtout, elle a un prix.
La lucidité sur l’ampleur de cette dépendance est indispensable avant de pouvoir imaginer une émancipation. Celle-ci s’annonce longue, laborieuse, hautement déstabilisatrice, mais cruciale sur le plan de la souveraineté. Se soustraire du jour au lendemain à la garantie de sécurité américaine et ignorer l’interdépendance économique qui lie les deux rives de l’Atlantique n’est pas réaliste. L’urgence consiste à redéfinir l’attitude à adopter face à une relation asymétrique qui est devenue instable et toxique.
La dépendance aux Etats-Unis est d’autant plus difficile à remettre en cause qu’elle est le fruit de choix politiques délibérés, comme le sous-investissement chronique dans la défense au profit de notre prospérité. Elle tient également à l’incapacité européenne d’achever l’intégration économique et de dépasser les égoïsmes nationaux. Espérer un retour à la situation ex ante d’une Amérique fiable et amicale ne fera que retarder les décisions douloureuses. Trump n’est pas un accident de l’histoire, mais le marqueur d’un changement d’époque.
Divisions internes
Pour pouvoir résister aux coups de boutoir du trumpisme, l’UE a besoin d’une crédibilité collective qui reste à bâtir. Elle s’est dotée d’outils de rétorsion commerciale, de mécanismes anticoercition, de législations aptes à protéger son modèle de société. Elle ne doit pas tergiverser pour les utiliser et obtenir un rapport de force rééquilibré. L’Europe en a les moyens, car dans de nombreux domaines les dépendances sont réciproques, et les Etats-Unis auraient aussi beaucoup à perdre à un divorce brutal.
L’autonomie stratégique européenne ne peut se limiter à un slogan. Le rapport Draghi sur la compétitivité européenne, en 2024, a tracé les grandes lignes de la feuille de route à suivre : investir massivement dans des capacités militaires communes, sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques, bâtir une souveraineté technologique et énergétique, nouer des partenariats commerciaux alternatifs, rapatrier les capacités de financement en Europe. Ces chantiers avancent trop lentement, l’UE peine à parler d’une seule voix.
Washington l’a bien compris en faisant des divisions internes un levier d’influence sur le continent. La « stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis », publiée début décembre 2025, l’explicite sans fard. Si des Etats membres continuent à privilégier une relation bilatérale avec les Etats-Unis au détriment de l’intérêt commun, l’émancipation devra passer par des coalitions de pays volontaires dans des domaines critiques. Le réveil européen passe également par la créativité institutionnelle.













