Une contre-expertise a été ordonnée afin de vérifier si la grand-tante du petit Grégory, tué il y a quarante et un ans, est bien le « corbeau » qui a revendiqué le crime, comme l’a affirmé une première analyse conduisant à sa mise en examen, a déclaré vendredi 23 janvier le parquet général à Dijon.
Le président de la chambre de l’instruction de Dijon, chargée de cette enquête tentaculaire, a lancé une « contre-expertise stylométrique », qui s’attache à l’orthographe et aux tournures de phrases, a fait savoir à l’Agence France-Presse (AFP) le procureur de la République de Dijon, Philippe Astruc, confirmant une information de L’Est républicain.
Cette nouvelle analyse, prise à l’initiative du juge enquêteur en décembre 2025, a été « confiée à deux sachants français désignés comme experts », a-t-il ajouté sans vouloir divulguer leurs noms. « Le résultat n’interviendra sans doute que dans plusieurs mois », a-t-il précisé. Un dossier relancé par une expertise suisse.
Enième couac
L’étude vise, notamment, à vérifier une première expertise, faite par un spécialiste suisse, qui avait incriminé Jacqueline Jacob, la grand-tante du garçon retrouvé noyé à l’âge de 4 ans, le 16 octobre 1984, dans la Vologne, une rivière des Vosges.
Mme Jacob, 81 ans, a été mise en examen en octobre pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de l’enlèvement de Grégory. Sa défense avait alors dénoncé une nouvelle « erreur » dans cette enquête chaotique.
La grand-tante, dont l’époux est un frère de la grand-mère du petit garçon, est soupçonnée d’être l’un des corbeaux qui ont menacé pendant des années la famille de Grégory Villemin. Elle avait déjà été mise en examen, en 2017, pour « enlèvement et séquestration suivie de mort » mais ces poursuites avaient été annulées en mai 2018, pour un vice de forme, dans un énième couac de la laborieuse enquête.
Trois lettres anonymes
Selon l’arrêt du 18 juin 2025 ordonnant son interrogatoire, que l’AFP a pu consulter, les juges enquêteurs justifient la nouvelle mise en examen de Mme Jacob sur la base, notamment, d’une expertise conduite en 2021 par un spécialiste suisse qui attribue à Mme Jacob trois lettres anonymes de 1983, dont celle qui menace directement les Villemin : « Je vous ferez votre peau », était-il écrit.
Selon le même expert, Mme Jacob aurait également écrit la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le crime. « J’espère que tu mourras de chagrin le chef (…) Voilà ma vengeance. Pauvre con », disait le courrier.
Interrogé par l’AFP, François Saint-Pierre, un des avocats des parents de Grégory, s’est réjoui de cette « seconde expertise confiée à un très grand spécialiste de la stylométrie ». « Si elle confirme la première expertise suisse, cela constituera une charge susceptible de faire renvoyer Jacqueline Jacob devant la cour d’assises, même si elle reste pour l’instant présumée innocente », a-t-il ajouté. Les avocats de Mme Jacob n’ont pas répondu aux sollicitations de l’AFP.














