RFI : Vous vous trouvez aux premières lignes de l’avancée de l’armée syrienne. Quelle est la situation autour de vous ?
Arthur Quesnay : La progression de l’armée syrienne est extrêmement rapide. Elle fait suite à un effondrement des Forces démocratiques syriennes (FDS). Il y a des désertions au sein des FDS et des dissensions entre les éléments kurdes-syriens et kurdes du PKK turc [Parti des travailleurs kurdes – NDLR]. Face à cela, les forces de Damas sont peu nombreuses : 20 000 à 25 000 hommes déployés dans le nord-est syrien. Elles se déploient en coordination avec les populations locales qui se sont soulevées contre les Forces démocratiques syriennes. Elles permettent à l’armée de remplir le vide du pouvoir pour une forme de transition. Les populations arabes de ces zones supportaient très mal la poursuite du projet kurde syrien alors que le régime de Bachar el-Assad est tombé il y a un peu plus d’un an.
Quelle est la situation dans les camps et les prisons où les forces kurdes détenaient des jihadistes du groupe État islamique, ainsi que des familles de jihadistes, y compris des ressortissants étrangers ?
La coalition internationale anti-EI – et les États-Unis qui en font partie – ont demandé au gouvernement syrien de sécuriser prisons et camps de prisonniers. Ce que le gouvernement de Damas fait avec beaucoup de sérieux : j’ai pu me rendre au camp d’al-Hol d’où les forces kurdes s’étaient retirées. Deux heures après, les forces syriennes étaient déployées massivement. Les habitants du camp semblent optimistes quant à une amélioration de leurs conditions ou à leur rapatriement vers l’Irak, voire une libération.
Les camps comme al-Hol étaient certes contrôlés [de l’intérieur] par le groupe État islamique, mais on y trouve en majorité des femmes et des enfants. Le grand problème est celui des prisons où sont détenus de vrais combattants de l’EI. À la prison de Raqqa, plusieurs centaines de combattants kurdes se sont retranchés pour y négocier leur évacuation en échange de la remise des prisonniers. À la prison de Shedade, les forces kurdes qui se retiraient ont libéré 150 détenus de l’EI – certains ont depuis été arrêtés par l’armée syrienne. Il y a aussi un enjeu de sécurisation des prisons où des populations locales peuvent tenter d’intervenir par la force pour libérer certains de leurs proches arrêtés par les forces kurdes.
Quels sont les scénarios possibles dans le nord-est syrien, après l’effondrement du contrôle kurde face à cette poussée de l’armée syrienne ?
Pour l’instant, il n’y a pas de conflit ethnique majeur. J’ai pu me rendre dans des villages proches de Kobané désormais tenus par l’armée syrienne où les choses se passent plutôt bien avec les populations kurdes. Mais la question qui se pose est celle de l’entrée des forces de Damas dans les villes à majorité kurde comme Kobané, Qamishli et le nord de Hassaké.
Si la mobilisation kurde débouche sur un conflit ouvert avec l’armée syrienne, alors on risque d’aller vers un conflit ethnique majeur. La question est de savoir si un deal est encore possible entre le leadership kurde et Damas. Est-ce que le pouvoir va maintenir sa volonté de reprise en main complète du territoire et de démilitarisation des zones kurdes ? Est-ce que les dirigeants kurdes vont maintenir leur position maximaliste d’autonomie avec des forces de sécurité indépendantes ?
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